Publié par : La société solidaire et durable | novembre 12, 2018

LONGTIME : un label contre l’obsolescence programmée !


Chers lecteurs,

Un logo tout simple permettra bientôt de reconnaître les produits conçus pour durer et, donc, pour respecter botre planète et notre porte-monnaie.

Combien de temps va durer le produit qu’on me propose d’acheter ? Par souci écologique, et parce qu’ils en ont assez d’être pris pour des vaches à lait, 92% des consommateurs aimeraient enfin connaître la réponse à cette question avant d’allonger la monnaie. Du coup, en écho à cette nouvelle exigence, une entreprise toulousaine a eu une idée de génie : créer le premier label européen contre l’obsolescence programmée. Une initiative prometteuse qui vaut bien quelques explications.

Source : Ethikis

Cette entreprise, spécialiste des questions environnementales, c’est Ethikis. Et, ce label, c’est LONGTIME®. Ses Objectifs ?

« Influer sur la préservation des ressources planétaires. Mettre en valeur les produits
qui utilisent efficacement ces ressources et permettre ainsi une diminution des déchets prématurés. Réparabilité, solidité et accès aux pièces détachées sont des caractéristiques écologiques majeures. Il ne s’agit pas de chercher des produits « immortels » mais bien de lutter contre la durée de vie trop courte de certains produits pour réduire la sur-consommation et sortir du tout jetable et du gaspillage. »

Pour atteindre ces objectifs et donner une information fiable aux consommateurs, le label prend en compte 40 critères axés sur trois thématiques : conception robuste, réparabilité et garanties / service après vente.

Il s’applique sur toutes sortes de produits très divers : électroménager, électronique, ameublement, matériel de loisirs, matériel professionnel, smartphone, perceuse, trottinette…

Source : Ethikis

Pour obtenir ce label, la marque doit faire appel à Ethikis qui mandate ensuite un cabinet d’audit indépendant chargé de vérifier si le produit respecte le cahier des charges. Si la réponse est positive, l’entreprise peut utiliser le logo LONGTIME® et, dans le cas contraire, elle peut bénéficier d’un accompagnement.

Pour l’heure, Ethikis est en train de lever des fonds pour finaliser son projet. Déploiement prévu en 2019.

Sûr que les consommateurs sauront faire bon usage de ce label. Une initiative idéale pour encourager tous les fabricants à (re)commencer à produire des produits qui durent et qui ne surexploitent pas notre planète et notre porte-monnaie !

Source : https://positivr.frAxel Leclercq

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Publié par : La société solidaire et durable | novembre 12, 2018

Eric Sadin : l’asservissement par l’Intelligence Artificielle ?


Chers lecteurs,

Voici un interview d’Eric Sadin sur l’asservissement par l’Intelligence Artificielle réalisé par Thinkerview.

Mais qui est Eric Sadin ?

Nationalité : France
Né(e) : 1973

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Biographie :

Éric Sadin est un écrivain et philosophe français critique. Il alterne la rédaction de textes littéraires et théoriques. Il a fondé la revue écartS (1999-2003), dédiée aux pratiques artistiques et aux nouvelles technologies, à travers des travaux de création, des articles théoriques, des entretiens.

Éric Sadin est intervenant régulier à Sciences Po Paris, et intervient dans de nombreuses universités et centres de recherches en Europe, en Amérique du Nord et en Asie.

Il a été professeur à l’école supérieure d’art de Toulon, et visiting professor à L’ECAL de Lausanne et à l’université d’art IAMAS (Japon).

Il a publié plusieurs ouvrages, notamment une trilogie explorant l’état contemporain de nos rapports aux technologies numériques. En 2016, il publie un essai : « La Silicolonisation du monde – L’irrésistible expansion du libéralisme numérique ».

Il est le lauréat 2002 de la Villa Kujoyama (Kyoto, Japon) et reçoit le Prix Pompidou Flash Festival 2004 pour Tokyo_reengineering, extension multimédia de Tokyo.

En 2018, il publie un essai : l’intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle : anatomie d’un antihumanisme radical.

Mais qu’est ce que l’Intelligence Artificielle ?

L’intelligence artificielle (IA) est « l’ensemble des théories et des techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l’intelligence ». Elle correspond donc à un ensemble de concepts et de technologies plus qu’à une discipline autonome constituée. D’autres, remarquant la définition peu précise de l’IA, notamment la CNIL, la définissent comme « le grand mythe de notre temps ».

Souvent classée dans le groupe des sciences cognitives, elle fait appel à la neurobiologie computationnelle (particulièrement aux réseaux neuronaux), à la logique mathématique (sous-discipline des mathématiques et de la philosophie) et à l’informatique. Elle recherche des méthodes de résolution de problèmes à forte complexité logique ou algorithmique. Par extension elle désigne, dans le langage courant, les dispositifs imitant ou remplaçant l’homme dans certaines mises en œuvre de ses fonctions cognitives.

Ses finalités et son développement suscitent, depuis toujours, de nombreuses interprétations, fantasmes ou inquiétudes s’exprimant tant dans les récits ou films de science-fiction que dans les essais philosophiques.

Et voici la vidéo : L’asservissement par l’Intelligence Artificielle de Eric Sadin ?

Source : Thinkerview / Wikipedia / Livre d’Eric Sadin


Chers lecteurs,

Voici la troisième et dernière partie du texte, ci-dessous, sur les fondements de la doctrine sociale de l’église qui a été écris par Dominique Greiner, assomptionniste et rédacteur en chef religieux au quotidien La Croix, pour la formation organisés en juillet 2018 par la Commission pour le clergé et les séminaristes de la Conférence des évêques du Vietnam, avec le soutien des Missions étrangères de Paris et d’enseignants du Theologicum de l’Institut catholique de Paris.

3. L’homme et les autres créatures : une fraternité oubliée

Je fais un saut de plus cinquante ans dans le temps, pour arriver à la période contemporaine. Je veux m’intéresser à l’encyclique  Laudato si’, publiée en 2015, quelques mois avant la conférence de Paris sur le climat. Très attendu, ce texte reçoit aussitôt reçoit un écho très favorable, bien au-delà de la sphère catholique. Ce n’est pourtant pas la première fois que le magistère catholique aborde la question écologique. Jean-Paul II et Benoît XVI se sont exprimés sur le sujet en diverses occasions. Mais c’est la première fois qu’un texte de ce niveau magistériel est entièrement consacré à ce thème. Surtout, le pape François articule d’une manière inédite la question écologique et la question sociale. Il affirme clairement qu’il n’y a pas deux crises séparées, une crise sociale d’un côté, et une crise environnementale de l’autre, mais une seule crise qualifiée de socio-environnementale (cf. LS 139). En effet, pour le pape, « tout est lié ». Du même coup, le concept de fraternité connaît une extension inouïe, pour embraser toutes les créatures.

 3.1. Une solidarité foncière à la terre et à tout ce qu’elle contient

« Tout est lié. » Ce leitmotiv qui traverse l’encyclique renvoie à une vision du monde fondée sur une approche relationnelle entre Dieu, l’homme et son environnement. La mention de la Terre apparaît dès le premier paragraphe de l’encyclique, dans la citation du Cantique des créatures de Saint François. Mais la louange pour « sœur notre mère la terre » est aussitôt interrompue par un constat dramatique : « cette sœur crie en raison des dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle. (…) Parmi les pauvres les plus abandonnés et maltraités, se trouve notre terre opprimée et dévastée qui ‘gémit en travail d’enfantement’ (Rm 8, 22) » (LS 2).

En présentant la terre comme un sujet qui souffre – un thème issu des théologies de la libération -, le pape François fait prendre conscience que la situation de notre planète est la conséquence d’un paradigme culturel dominé par l’économie et la technique qui ferme les yeux sur les dégâts qu’il occasionne. Cela signifie aussi que nous ne sortirons pas de la crise sans un changement de paradigme, sans l’instauration d’un nouveau rapport avec la terre. Pour le pape François, la tradition judéo-chrétienne, qui est dépositaire d’un « trésor de sagesse », peut y contribuer à condition de la revisiter à nouveaux frais, puisque nous y avons été infidèles. Parcourant à grandes enjambées les Écritures, il illustre combien cette relation entre l’homme et sa terre est constitutive de l’histoire du salut, mais aussi qu’elle est aussi très fragile.

 « Nous oublions que nous-mêmes, nous sommes poussière (cf. Gn 2, 7). Notre propre corps est constitué d’éléments de la planète, son air nous donne le souffle et son eau nous vivifie comme elle nous restaure », écrit le pape François au tout début de son encyclique (LS 2). Habitants de la Terre, nous sommes aussi faits du même matériau qu’elle et nous vivons des ressources qu’elle nous offre. Nous sommes constitutivement liés à la nature : « Cela nous empêche de concevoir la nature comme séparée de nous ou comme un simple cadre de notre vie. Nous sommes inclus en elle, nous en sommes une partie, et nous sommes enchevêtrés avec elle » (LS 139).

Pour le pape, ce lien avec la nature est inscrit au cœur de la législation biblique qui propose à l’homme des normes pour ses relations avec ses semblables, mais aussi avec les autres êtres vivants (cf. LS 68), et avec la terre : « Le développement de cette législation a cherché à assurer l’équilibre et l’équité dans les relations de l’être humain avec ses semblables et avec la terre où il vivait et tra­vaillait. Mais en même temps c’était une recon­naissance que le don de la terre, avec ses fruits, appartient à tout le peuple. Ceux qui cultivaient et gardaient le territoire devaient en partager les fruits, spécialement avec les pauvres, les veuves, les orphelins et les étrangers » (LS 71). C’est pour cette raison, affirme encore le pape, que l’Écriture dénie « toute prétention de propriété absolue » (LS 67). Quand l’homme se comporte en propriétaire absolu de la terre, c’est non seulement la planète qui est en danger mais aussi les pauvres et les générations futures. « La terre est un héritage commun, dont les fruits doivent bénéficier à tous » (LS 93), y compris pour ceux qui viendront après nous : « Chaque communauté peut prélever de la bonté de la terre ce qui lui est nécessaire pour survivre, mais elle a aussi le devoir de la sauvegarder et de garantir la continuité de sa fertilité pour les générations futures » (LS 67).

La lecture du Nouveau testament permet d’approfondir cette relation à la terre. « Pour la compréhension chrétienne de la réa­lité, le destin de toute la création passe par le mys­tère du Christ, qui est présent depuis l’origine de toutes choses : « Tout est créé par lui et pour lui » (Col 1, 16) » (LS 99).

La terre voit sa dignité renouvelée quand le Fils, « par qui tout a été créé, s’est uni à cette terre quand il a été formé dans le sein de Marie ». Dieu est fondamentalement solidaire de la terre : « une personne de la Trinité s’est insérée dans le cosmos créé, en y liant son sort jusqu’à la croix » (LS 99). Avec l’Incarnation du Fils, ce n’est pas seulement la chair de l’homme qui se trouve revêtue d’une nouvelle dignité, mais la terre elle-même et tout ce qu’elle contient. Ceci transparaît dans la sorte de relation que Jésus entretient avec le monde créé. Il vivait en harmonie avec la Création : par le travail de ses mains, il était au contact direct quotidien avec la ma­tière créée par Dieu ; il commandait à la mer et aux vents… « Le Seigneur pouvait inviter les autres à être attentifs à la beauté qu’il y a dans le monde, parce qu’il était lui-même en contact permanent avec la nature et y prêtait une attention pleine d’affection et de stupéfaction » (LS 97).

C’est encore à la lumière du mystère de la Résurrection que le pape invite à considérer le monde créé. « Le Nouveau Testament ne nous parle pas seulement de Jésus terrestre et de sa relation si concrète et aimable avec le monde. Il le montre aussi comme ressuscité et glorieux, présent dans toute la création par sa Seigneurie universelle. (…) De cette manière, les créatures de ce monde ne se présentent plus à nous comme une réalité purement naturelle, parce que le Ressuscité les enveloppe mystérieusement et les oriente vers un destin de plénitude. Même les fleurs des champs et les oiseaux qu’émerveillé il a contemplés de ses yeux humains, sont maintenant remplis de sa présence lumineuse » (LS 100).

Le pape lit ainsi l’Écriture comme nous invitant, de part en part, « à reconnaître la relation paternelle que Dieu a avec toutes ses créatures » (LS 69) et à nous rapporter à elles en conséquence en les aimant de la même manière. Pour faire un usage responsable des choses de ce monde, il nous faut en reconnaître la valeur qu’elles ont devant Dieu qui les a créées par amour : « La création est de l’ordre de l’amour. L’amour de Dieu est la raison fondamentale de toute la création » (LS 77). Toutes les créatures sont en conséquence importantes à ses yeux (LS 96). Il devrait en être de même pour nous.

3.2. Des relations fragiles dans un monde fragile

Le cadre que développe le pape François fournit aussi une interprétation théologique de la crise écologique en termes de ruptures des trois relations fondamentales qui nous constituent. « Selon la Bible, les trois re­lations vitales ont été rompues, non seulement à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur de nous. Cette rupture est le péché. L’harmonie entre le Créa­teur, l’humanité et l’ensemble de la création a été détruite par le fait d’avoir prétendu prendre la place de Dieu, en refusant de nous reconnaître comme des créatures limitées. Ce fait a déna­turé aussi la mission de « soumettre » la terre (cf. Gn 1, 28), de « la cultiver et la garder» (Gn 2, 15). Comme résultat, la relation, harmonieuse à l’origine entre l’être humain et la nature, est devenue conflictuelle (cf. Gn 3, 17-19) » (LS 66).

Le pape illustre son propos avec l’épisode du meurtre d’Abel par son frère Caïn (Cf. Gn 4, 9-11) qui montre combien le déséquilibre dans l’une des trois relations fondamentales se répercute sur les deux autres et brise l’harmonie d’ensemble. « Dans le récit concernant Caïn et Abel, nous voyons que la jalousie a conduit Caïn à commettre l’injustice extrême contre son frère. Ce qui a pro­voqué à son tour une rupture de la relation entre Caïn et Dieu, et entre Caïn et la terre dont il a été exilé » (LS 70).

Cet épisode biblique manifeste combien le lien fraternel est fragile mais aussi que « tout est lié ». En conséquence, chacun doit prendre soin de ces relations fondamentales : « La négligence dans la charge de cultiver et de garder une relation adéquate avec le voisin, envers lequel j’ai le devoir d’attention et de pro­tection, détruit ma relation intérieure avec moi-même, avec les autres, avec Dieu et avec la terre. Quand toutes ces relations sont négligées, quand la justice n’habite plus la terre, la Bible nous dit que toute la vie est en danger » (LS 70) : la vie biologique mais aussi la vie sociale : la politique, la liberté, la justice sont menacées (LS 53). Ceci se traduit par des institutions précaires (cf. LS 142), des instances locales fragiles (cf. LS 173) qui ne sont plus en mesure d’apporter la protection dont l’homme et la planète ont pourtant besoin pour perdurer. En cela, la problématique écologique est une tache éminemment politique qui oblige chaque communauté à s’interroger sur le monde que nous voulons laisser à ceux qui nous succèderont, sur ses orientations fondamentales, son sens et ses valeurs. « Si cette question de fond n’est pas prise en compte, je ne crois pas que nos préoccupations écologiques puissent obtenir des effets significatifs. Mais si cette question est posée avec courage, elle nous conduit inexorablement à d’autres interrogations très directes : pour quoi passons-nous en ce monde, pour quoi venons-nous à cette vie, pour quoi travaillons-nous et luttons-nous, pour quoi cette terre a-t-elle besoin de nous ? » (LS 160).

La crise que nous endurons actuellement permet de mesurer « la grandeur, l’urgence et la beauté du défi » (LS 15) que doit affronter l’humanité. Elle nous oblige à nous interroger sur nos conceptions du progrès, du développement, de la liberté, de l’avenir ; elle stimule notre imagination pour inventer d’autres manières de vivre. C’est dans la foi que le pape invite à vivre ce temps, dans l’espérance que Dieu n’abandonne jamais l’humanité dans les difficultés, même quand les hommes en sont responsables : « Dieu, qui veut agir avec nous et compte sur notre coopération, est aussi capable de tirer quelque chose de bon du mal que nous commettons » (LS 80). Mais c’est aussi un mobile éminemment positif qui doit conduire les chrétiens à être des fers de lance en matière d’écologie : leur souci pour la terre n’est pas motivée par la peur d’une catastrophe plus ou moins imminente, mais vient de la vocation propre de l’être humain, « appelé à reconduire toutes les créatures à leur Créateur » (LS 83), jusqu’à la transfiguration finale de toute la réalité créée. « Nous ajoutons ainsi un argument de plus pour rejeter toute domination despotique et irresponsable de l’être humain sur les autres créa­tures. La fin ultime des autres créatures, ce n’est pas nous », écrit encore le pape François.

4. Conclusion

A travers ce rapide parcours dans l’histoire de la doctrine sociale de l’Église catholique, on voit se déployer progressivement une éthique de la fraternité dont le champ s’élargit progressivement : classes sociales, nations, ensemble des créatures. Les situations de pauvreté, d’inégalités, d’injustice, d’exploitation sont interprétées comme des signes d’une carence profonde de fraternité dont les premières victimes sont les pauvres et les plus faibles. Mais quelle proposition faire ?

Cette question de la fraternité est au cœur du message papal pour la journée de la Paix (1er janvier 2014) et rendu public le 8 décembre 2013. « Il apparaît clairement que les éthiques contemporaines deviennent aussi incapables de produire des liens authentiques de fraternité », écrit le pape François. Parce qu’ « une fraternité privée de la référence à un Père commun, comme son fondement ultime, ne réussit pas à subsister. Une fraternité véritable entre les hommes suppose et exige une paternité transcendante », poursuit-il. L’histoire des peuples, à la suite du témoignage biblique, le manifeste : quand manque l’ouverture à Dieu, l’activité humaine est réduite à sa dimension matérielle ; les personnes mais aussi les nations se comportent davantage entre elles en ennemis ou en concurrents que comme membres d’une même communauté humaine ; les personnes et les autres créatures sont considérées comme des ressources que l’on peut exploiter à sa guise pour en tirer du profit. Ce drame, l’Église ne fait pas que le déplorer. Elle indique aussi une voie : celle du service qui est l’âme de la fraternité. C’est à travers le service désintéressé de tous, en commençant par les plus faibles que l’Église fait expérimenter cette fraternité qu’elle annonce, dont elle témoigne pour la faire aimer. En invitant à (re)découvrir la fraternité en toutes choses et à la déployer à travers des gestes concrets de solidarité, l’enseignement social de l’Église indique un chemin sûr pour construire la justice et la paix.

Source : Dominique Greiner, assomptionniste, est rédacteur en chef religieux au quotidien La Croix / https://doctrine-sociale.blogs.la-croix.com


Chers lecteurs,

Voici la deuxième partie du texte, ci-dessous, sur les fondements de la doctrine sociale de l’église qui a été écris par Dominique Greiner, assomptionniste et rédacteur en chef religieux au quotidien La Croix, pour la formation organisés en juillet 2018 par la Commission pour le clergé et les séminaristes de la Conférence des évêques du Vietnam, avec le soutien des Missions étrangères de Paris et d’enseignants du Theologicum de l’Institut catholique de Paris.

2. Entre pays riches et pays pauvres, une fraternité blessée

Entre la fin du XIXe siècle aux années qui suivent la Deuxième Guerre mondiale, un monde ancien disparaît. L’Église catholique est conduite à reconsidérer ses relations avec le pouvoir temporel, mais aussi avec l’ensemble de la société. Elle apprend à se comprendre autrement que comme une institution juridique et à reconnaître l’autonomie du pouvoir temporel. Elle renonce progressivement à l’idée d’un retour à un ordre social-chrétien. Elle accepte l’idée que son refus des injustices rejoint le combat des promoteurs des droits de l’homme (cf. Pacem in Terris). Au lieu de se situer dans une position de jugement et de condamnation, elle va désormais se placer dans une perspective de discernement du vrai et du juste dans un monde en pleine transformation. Ce retournement de perspective est clairement exprimé sous le pontificat de Jean XXIII et entériné par le Concile Vatican II (voir tableau 1).

A la fin des années 1960, l’Église entre dans une période de turbulences. à l’optimisme des années du Concile succède une période de crise et de désillusion. De nouveaux questionnements surgissent avec l’évolution de la situation internationale. Les déséquilibres entre le Nord et le Sud ne se résorbent pas, et même s’accentuent. Des millions d’hommes et de femmes de par le monde souffrent de la faim, vivent dans des conditions indécentes, n’ont pas accès aux soins de santé ou à l’éducation, sont en proie à une violence politique quotidienne. Les questions relatives à la solidarité, à la justice sont prioritaires. C’est dans ce contexte qu’est promulguée l’encyclique Populorum Progressio en 1967, le jour de la fête de Pâques.

2.1. Le développement, une question morale

Dès les premières lignes de son texte, Paul VI souligne que « la question sociale est devenue mondiale ». Il brosse un tableau assez sombre de la situation du monde : les disparités entre pays riches et pays pauvres restent importantes. La décolonisation, les nouvelles modalités de coopération internationale (développement de la FAO, création de la CNUCED, programmes d’aides bilatérales et multilatérales…), n’ont pas permis de résorber les déséquilibres entre nations. Dans certaines régions du monde, la situation est même explosive et « grande est la tentation de repousser par la violence de telles injures à la dignité humaine » (PP 30), voire par « l’insurrection révolutionnaire » (PP 31). Dans ce contexte général émergent des « messianismes prometteurs, mais bâtisseurs d’illusion », avec le risque d’un « glissement vers les idéologies totalitaires » (PP 11). Une phrase clef de l’encyclique frappe l’opinion publique mondiale : « Le développement est le nouveau nom de la paix » (PP 76).

Pour conduire à la paix, le développement ne peut être réduit à sa dimension économique. C’est avant tout une question morale. Son but doit être la promotion de tout homme et de tout l’homme : personne ni aucune dimension de l’existence humaine ne doivent en être exclus. En conséquence, le développement a besoin, non seulement de techniciens, mais aussi de sages pour sa réalisation (PP 20).

Cette vision du développement a des conséquences concrètes sur les actions à entreprendre. Elle rend attentif aux besoins et aux urgences du monde et oriente l’action dans un combat contre les obstacles à la formation d’un monde plus juste. Ainsi, il ne suffira pas de combattre la faim, du moins pas seulement la faim d’aliments, mais aussi la faim d’instruction dans les pays où les personnes n’ont pas accès à une éducation de base. Paul VI affirme : « un analphabète est un esprit sous-alimenté » (PP 35). De même il n’est pas suffisant de faire reculer la pauvreté. « Le combat contre la misère, urgent et nécessaire, est insuffisant. Il s’agit de construire un monde où tout homme, sans exception de race, de religion, de nationalité, puisse vraiment vivre une vie humaine… » (PP 47).

 2.2. La construction d’un monde fraternel, chemin obligé vers la paix

« Le monde est malade. Son mal réside moins dans la stérilisation des ressources ou leur accaparement par quelques-uns, que dans le manque de fraternité entre les hommes et entre les peuples » (PP 66). Ce diagnostic indique aussi le remède : la promotion d’un monde plus humain passe par des engagements en faveur de la solidarité et de la justice mais aussi par un renforcement des liens de fraternité. « L’homme doit rencontrer l’homme, les nations doivent se rencontrer comme des frères et sœurs, comme les enfants de Dieu », déclare le pape, citant un discours antérieur (PP 43). Mais comment nourrir cette fraternité ? Comment faire pour que les peuples ne se comportent pas en concurrents, considérant que le progrès des uns est un obstacle au développement des autres ? Comment favoriser une saine interdépendance qui permette à chaque nation « de donner et de recevoir » (PP 44) et de devenir artisan de son propre destin ? Par le dialogue, répond Paul VI qui reprend ici un thème central de son encyclique Ecclesiam Suam (1964). Le pape a en effet la conviction que le dialogue a toute sa place dans le service du développement par ce qu’il est créateur de fraternité, qu’il est propice au renforcement des liens entre les civilisations comme entre les personnes.

Pour autant, le texte n’ignore pas les nombreux obstacles à la construction d’un monde plus fraternel. Il y a le nationalisme et le racisme. Il y a aussi le poids d’un passé « trop souvent marqué par des rapports de force entre nations » (PP 65) et qui nourrit la méfiance de celles qui ont obtenu très récemment leur indépendance : elles peuvent redouter que derrière l’aide financière ou technique qui leur est proposée pointe une nouvelle expression du colonialisme, « sous forme de pressions politiques et de dominations économiques visant à défendre ou à conquérir une hégémonie dominatrice » (PP 54). C’est pourquoi l’encyclique propose d’inscrire le développement dans le cadre des relations internationales : des accords bilatéraux ou multilatéraux incorporés dans un programme de collaboration mondiale permettraient « de substituer aux rapports de dépendance et aux amertumes issues de l’ère coloniale d’heureuses relations d’amitié, développées sur un pied d’égalité juridique et politique » (PP 52).

Mais pour se nouer les liens de fraternité ont besoin d’expériences concrètes de rencontres des hommes et des cultures. C’est dans cet esprit que l’encyclique invite à soigner l’accueil des jeunes venant des pays pauvres pour un temps d’étude ou des travailleurs émigrés confrontés à un mode de vie qui est sans comparaison avec celui de leur situation d’origine (PP 67-69).

Ceux qui sont appelés à travailler dans les pays récemment ouverts à l’industrialisation sont expressément invités à ne pas renoncer au « sens social » qu’ils pouvaient manifester dans leur propre pays : « pourquoi reviendraient-ils aux principes inhumains de l’individualisme quand ils opèrent en pays moins développés ? Leur situation supérieure doit au contraire les inciter à se faire les initiateurs du progrès social et de la promotion humaine, là où leurs affaires les appellent » (PP 70).

Les experts du développement ne sont pas oubliés. Ils sont invités à ne « pas se conduire en maîtres, mais en assistants et collaborateurs », à faire preuve d’un amour désintéressé et à travailler au rapprochement des civilisations par le dialogue et la collaboration avec tous. Plus de cinquante ans après la publication de l’encyclique, ces orientations demeurent pertinentes.

2.3. Les trois devoirs de l’humanité

L’encyclique Populorum progressio indique trois devoirs pour un développement solidaire de l’humanité : un « devoir de solidarité, l’aide que les nations riches doivent apporter aux pays en voie de développement ; un devoir de justice sociale, le redressement des relations commerciales défectueuses entre peuples forts et peuples faibles ; un devoir de charité universelle, la promotion d’un monde plus humain pour tous, où tous auront à donner et à recevoir, sans que le progrès des uns soit un obstacle au développement des autres » (PP 44).

2.3.1. Le devoir de solidarité

La première urgence est la lutte contre la faim (PP 45). Mais l’enjeu fondamental est plus large. Il s’agit de contribuer à la construction d’un monde juste : « un monde où la liberté ne soit pas un vain mot et où le pauvre Lazare puisse s’asseoir à la même table que le riche (Cf. Luc 16, 19-31) ». Ce devoir de solidarité ne repose pas que sur les institutions publiques ou privées. Chacun doit se demander en conscience : « Est-il prêt à soutenir de ses deniers les œuvres et les missions organisées en faveur des plus pauvres ? à payer davantage d’impôt pour que les pouvoirs publics intensifient leur effort pour le développement ? à acheter plus cher les produits importés pour rémunérer plus justement le producteur ? À s’expatrier lui-même au besoin, pour aider cette croissance des jeunes nations ?» (PP 47). La solidarité a un prix qui suppose un investissement financier et humain. Elle a besoin du déploiement de la générosité.

Dans le même temps, les pays riches doivent renoncer à leur superflu en faveur des pays pauvres (PP 49). PP fait même une proposition concrète : d’établir un « grand Fonds mondial alimenté par une partie des dépenses militaires, pour venir en aide aux plus déshérités » (PP 51). La course aux armements est en effet un « gaspillage » qui relève du scandale, « fruits de la peur ou de l’orgueil » alors que « tant de peuples ont faim, quand tant de foyers souffrent de la misère, quand tant d’hommes demeurent plongés dans l’ignorance, quand tant d’écoles, d’hôpitaux, d’habitations dignes de ce nom demeurent à construire » (PP 53).

2.3.2. Le devoir de justice

L’accent est mis sur l’équité des relations internationales. L’encyclique réfute un monde qui ne serait régulé que par les règles du libre-échange, nécessairement défavorables aux pays les plus pauvres (PP 59). Ces règles ne peuvent valoir qu’entre des partenaires égaux, mais à l’évidence, cette condition n’est pas réunie : « Dans le commerce entre économies développées et sous-développées, les situations sont trop disparates et les libertés réelles trop inégales. La justice sociale exige que le commerce international, pour être humain et moral, rétablisse entre partenaires au moins une certaine égalité de chances » (PP 61).

L’encyclique critique au passage l’égoïsme des nations favorisées qui conscientes des limites de la libre concurrence ont cherché à en équilibrer les effets par des mesures appropriées mais qui ne valent qu’en leur sein : « C’est ainsi qu’ils soutiennent souvent leur agriculture au prix de sacrifices imposés aux secteurs économiques plus favorisés. C’est ainsi encore que, pour soutenir les relations commerciales qui se développent entre eux, particulièrement à l’intérieur d’un marché commun, leur politique financière, fiscale et sociale, s’efforce de redonner à des industries concurrentes inégalement prospères des chances comparables » (PP 60). Or poursuit Paul VI, « on ne saurait user de deux poids et deux mesures. Ce qui vaut en économie nationale, ce qu’on admet entre pays développés, vaut aussi pour les relations commerciales entre pays riches et pays pauvres » (PP 61).

2.3.3. Le devoir de charité universelle

Ce troisième devoir vise à combler « le manque de fraternité entre les hommes et les peuples » (PP 66). PP insiste d’abord sur le devoir d’accueil des étudiants et des travailleurs étrangers. Le texte invite aussi les responsables économiques à « se faire les initiateurs du progrès social et de la promotion humaine, là où leurs affaires les appellent », à préparer l’avenir des pays moins développés où ils pourraient s’installer par la formation et la préparation au partage des responsabilités, et non à profiter de la situation sociale (PP 70).

Les missions de développement doivent se poursuivre, mais l’encyclique met en garde : « Une population perçoit vite si ceux qui viennent à son aide le font avec ou sans affection, pour appliquer des techniques ou pour donner à l’homme toute sa valeur. Leur message est exposé à n’être point accueilli, s’il n’est comme enveloppé d’amour fraternel » (PP 71). Paul VI poursuit : « À la compétence technique nécessaire, il faut donc joindre les marques authentiques d’un amour désintéressé » (PP 72).

Source : Dominique Greiner, assomptionniste, est rédacteur en chef religieux au quotidien La Croix / https://doctrine-sociale.blogs.la-croix.com


Chers lecteurs,

Voici un texte ci-dessous [partie 1] sur les fondements de la doctrine sociale de l’église qui a été écris par Dominique Greiner, assomptionniste et rédacteur en chef religieux au quotidien La Croix, pour la formation organisés en juillet 2018 par la Commission pour le clergé et les séminaristes de la Conférence des évêques du Vietnam, avec le soutien des Missions étrangères de Paris et d’enseignants du Theologicum de l’Institut catholique de Paris.

L’Église est située dans le temps. De fait, son discours se construit et se déploie en fonction des situations historiques. Les circonstances extérieures l’obligent à actualiser sa réflexion et donc à approfondir son propre message. Ceci vaut notamment pour son enseignement social. Celui-ci n’a rien d’une doctrine figée. Bien au contraire, il continue de s’approfondir. C’est ce que je voudrais illustrer dans mon intervention en traversant quelques étapes de l’histoire de cet enseignement social.

S’il faut s’intéresser à cette l’histoire, ce n’est pas pour répéter les réponses produites dans d’autres temps et dans d’autres circonstances, mais plutôt pour comprendre comment ceux qui nous ont précédés ont actualisé le message de l’Évangile en fonction des conditions économiques, politiques et sociales. à quels « signes des temps » ont-ils été sensibles ? Quel discernement ont-ils mené ? Quelles ressources (philosophiques, théologiques, spirituelles…) ont-ils mobilisées pour le conduire ? Quelles propositions ont-ils faites ? S’intéresser aux réponses que nos pères dans la foi ont élaborées pour faire face aux défis de leur temps, c’est croire que l’Esprit qui les a inspirés continue à parler à travers leurs réflexions, leurs initiatives et leurs œuvres, et que ce même Esprit nous inspire à notre tour pour répondre aux défis actuels.

Dans le temps limité qui m’est imparti, je voudrais m’arrêter à trois textes magistériels importants qui interviennent à des moments précis de l’histoire des sociétés humaines : Rerum Novarum (Léon XIII, 1891) quand les sociétés européennes subissent de plein fouet les conséquences de la Révolution industrielle ; Populorum Progressio (Paul VI, 1967) alors que les déséquilibres entre pays riches et pays pauvres se font particulièrement criants ; Laudato si’ (François, 2015) dans le contexte d’une préoccupation croissante pour le devenir de l’humanité confrontée à une crise écologique sans précédent.

A priori, ces textes n’ont pas grand-chose en commun. Mais au-delà de leur contexte immédiat, de leur contenu, de leur théologie, ils ont en commun d’intervenir à des moments où les changements économiques et sociaux ont pour effet d’affecter les relations que les hommes entretiennent entre eux, avec leur environnement et aussi avec Dieu. Partant de ce constat, je me propose de parcourir ces trois textes de la doctrine sociale de l’Église comme la manifestation d’une préoccupation constante de l’Église pour la qualité des relations humaines, qui peuvent si facilement être abîmées, dévoyées et comme l’appel au rétablissement de liens fraternels : entre ouvriers et patrons dans Rerum Novarum, entre pays riches et pays pauvres dans Populorum Progressio, entre l’homme et les autres créatures dans Laudato si’.

I. Entre ouvriers et patrons : une fraternité malmenée

Pour commencer cette histoire de la doctrine sociale de l’Église, je remonte au XIXe siècle. Mais pourquoi ne pas remonter plus loin, jusqu’aux premières  communautés chrétiennes ? On pourrait en effet rétorquer que les Évangiles ne sont pas muets sur la manière de se rapporter à l’argent ou d’exercer le pouvoir. C’est vrai. Mais il serait anachronique de parler de « morale sociale » dans les premiers temps de l’Église. Les préconisations du Nouveau Testament au sujet de l’argent ou du pouvoir relèvent plus de la morale personnelle. Parler de « morale sociale » n’a pas de sens tant que les sociétés n’ont pas pris conscience de la dimension sociale de l’existence. Or ceci n’intervient pas avant le XIXe siècle. C’est l’époque où l’on commence à étudier de manière scientifique la société grâce à la sociologie naissante. C’est au même moment qu’apparaissent les différents mouvements socialistes (Karl Marx publie le premier livre du Capital en 1867) qui veulent transformer la société en agissant sur ses structures fondamentales).

Pour la morale, ce changement est important. Prendre conscience de la dimension sociale de l’existence, c’est en effet mesurer combien les conditions de vie ont un effet sur le comportement des personnes. L’alcoolisme, la prostitution, la délinquance ne peuvent plus être interprétés seulement comme la manifestation de vices individuels. Ces comportements sont aussi la conséquence de l’environnement  économique et social. La responsabilité individuelle s’en trouve amoindrie. Cela veut dire aussi que la réponse aux maux sociaux passe par un changement sur les structures économiques et sociales qui en sont la cause. Le magistère catholique mettra du temps à intégrer ces éléments. Pour comprendre ce retard, il faut dire quelques mots de la situation morale de l’Église en Europe au XIXe siècle.

1.1. L’Église face aux États-nations

La Révolution française et ses contrecoups ont profondément blessé la conscience chrétienne, et pas seulement en France. Les revendications libérales d’une liberté « sans Dieu ni maître » ont engendré le sentiment d’un « péril mortel ». Les revendications en faveur des droits de l’homme énoncés en 1789 sont comprises comme une atteinte aux droits de Dieu. L’Église romaine adopte alors une position défensive et intransigeante. Elle veut contenir l’empiétement des États modernes sur la vision religieuse de la société et préserver les institutions chrétiennes, seules aptes selon elle à maintenir l’ordre moral social. C’est ainsi que le Syllabus (1864) désigne comme des erreurs l’absolutisme étatique et le libéralisme – avec ses revendications en faveur de la liberté absolue du culte, d’opinion et de pensée. Mais l’Église semble moins sensible aux changements dans les conditions économiques et sociales que provoquent la Révolution industrielle et la naissance d’une société capitaliste. La théologie romaine est trop figée pour penser un monde en train de changer (progrès de la technique et des sciences naturelles – en particulier de la médecine -, évolution des structures économiques, apparition des nouvelles formes de la propriété privée et publique, invention de nouvelles techniques de diffusion de la pensée…).

Mais en défendant une position intransigeante, l’Église catholique perd le contact avec la société et voit son influence décliner. Elle comprend qu’elle ne peut donc plus se contenter de répéter des réponses élaborées dans un contexte culturel différent. Elle cherche à considérer autrement les revendications modernes en faveur de la liberté, des droits de l’homme et de la démocratie. Léon XIII pose un geste important en 1885 en publiant la lettre encyclique Immortale Dei qui veut mettre fin aux relations tumultueuses entre l’Église et les États. Le pape maintient la théorie d’une société parfaite qui met l’Église sur le même plan juridique que l’État et exige de ce dernier qu’il coopère à la réalisation des fins dernières de l’homme. Mais, écrit Léon XIII, si en vertu de cette théorie les catholiques ne peuvent approuver le droit nouveau des États, ils sont tenus en pratique de l’observer. Les relations entre Église et États sont donc envisagées d’une manière moins conflictuelle. Immortale Dei fait même un devoir aux chrétiens de participer à la vie publique et de se situer dans les institutions sociales.

C’est dans ce contexte général où l’Église cherche à rester au contact de la société qu’est publié en 1891 Rerum Novarum. Pour comprendre la portée de cette encyclique de Léon XIII, il faut redire, même brièvement, le contexte économique et social de l’époque.

1.2. La naissance d’une tradition sociale

Le XIXe siècle est marqué par de profondes transformations économiques et sociales. Le capitalisme, comme processus historique de développement, impliquait à la fois un mode nouveau d’échange et de production, un ensemble d’institutions et un type de relation :

– un mode d’échange : une dimension désormais internationale et intercontinentale des relations commerciales qui oblige à un nouveau système de paiement, de change, de monnaie et de crédit qui réponde à cette extension du commerce ;

– un mode de production : une dimension nouvelle des relations de travail, basée sur l’agglomération des travailleurs autour des sites de production et des machines et une spécialisation des tâches ;

– un ensemble d’institutions : le capitalisme s’engendre à lui-même une organisation de marchés indispensables à son existence : Bourses de Marchandises, Bourses de Valeurs, Bourses du Travail, établissements de crédit, monnaies nationales reliées par des liens plus ou moins souples à plusieurs monnaies dominantes et à l’or ; il élabore une institution caractéristique : l’entreprise ;

– un type de relations interhumaines : le capitalisme se présente comme le règne des marchandises et des rapports économiques impersonnels. Anonymes, les relations de direction et du personnel, les relations commerciales entre les marchands et les clients, surtout entre les actionnaires et l’entreprise. Ainsi « la société anonyme », institution caractéristique du capitalisme, acquiert un statut légal et s’impose progressivement à partir du second tiers du XIX° siècle.

Les conséquences de ces transformations sont lourdes : la société se rationalise, se laïcise, se déshumanise… Le développement de l’industrie provoque un exode des campagnes vers les grands centres de production. Les solidarités sociales et familiales sont fragilisées.  Les salaires des ouvriers sont faibles et leurs conditions de vie très difficiles, avec beaucoup de promiscuité. Les crises récurrentes provoquent du chômage. Les relations entre patrons et ouvriers sont de fait tendues.

Face à ces transformations, l’Église est assez démunie. Elle n’est pas équipée théologiquement pour penser ces changements. Sa réponse prend surtout la forme d’œuvres caritatives. Mais la générosité ne suffit pas à faire reculer la misère. Peu à peu, des chrétiens (enseignants, intellectuels, industriels, militants, membres des mouvements…) prennent conscience que les problèmes posés par les transformations économiques et sociales en cours ne relèvent pas seulement de la charité mais de la justice. C’est ainsi que naissent au XIXe siècle différentes doctrines et écoles « sociales-chrétiennes ». Elles se retrouvent dans leur critique de l’ordre économique en place tout en prenant leurs distances à l’égard de la solution socialiste : elles n’adhèrent pas à l’idée que  pour créer la société nouvelle, il suffirait de changer les structures économiques et sociales. Elles considèrent que les personnes doivent aussi changer. Et c’est dans les enseignements de la religion qu’elles pensent trouver des solutions aux problèmes économiques. Elles s’accordent pour souhaiter une société où tous les hommes sont frères et réclamer l’application du juste prix et du juste salaire… mais leurs convergences ne vont guère plus loin.

1.3. Rerum Novarum : respecter la dignité humaine dans les rapports sociaux

Ces catholiques préoccupés par les évolutions économiques et sociales appellent de leur vœu un appui du magistère. Il vient à travers la publication, en 1891 de Rerum Novarum.

Le thème de la justice est central dans cette encyclique. Léon XIII dénonce, en des termes très vifs, l’écart croissant de richesse entre patrons et ouvriers. « La richesse a afflué entre les mains d’un petit nombre et la multitude a été laissée dans l’indigence » (RN 1, 1).

Le pape dénonce également les conditions de travail : « Tout principe et tout sentiment religieux ont disparu des lois et des institutions publiques, et ainsi, peu à peu, les travailleurs isolés et sans défense se sont vus, avec le temps, livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée. Une usure dévorante est venue ajouter encore au mal (…) A tout cela, il faut ajouter la concentration entre les mains de quelques-uns, de l’industrie et du commerce, devenus le partage d’un petit nombre de riches et d’opulents, qui imposent ainsi un joug presque servile à l’infinie multitude des prolétaires » (RN 2, 2).

La situation dramatique de la classe ouvrière est interprétée comme le résultat d’un manque de justice dans les rapports sociaux. La justice consiste au contraire à respecter la « dignité de l’homme » (RN 16, 4), en respectant les droits fondamentaux de la personne humaine, à commencer par le droit à posséder les fruits de son travail, à vivre dans une famille stable, à pouvoir profiter d’une journée de repos hebdomadaire – pour pouvoir remplir ses obligations religieuses.

En contrepoint, l’encyclique réaffirme ce qui est de l’ordre de la justice : il est juste que les pouvoirs publics cherchent, par une législation sociale adaptée, à promouvoir le bien commun, protéger les travailleurs, assurer l’accès à la propriété, secourir ceux qui se trouvent dans une situation désespérée malgré tous leurs efforts (RN 11). Il doit aussi contribuer à rapprocher les classes en favorisant le développement d’associations intermédiaires (corporations, syndicats) ; il est juste que les riches et les patrons respectent en l’ouvrier la « dignité de l’homme » (RN 16, 4).

Rerum Novarum évoque notamment la « juste mesure du salaire » (RN 17, 1). Le texte met notamment en garde les dirigeants d’entreprise qui paient très peu les travailleurs, estimant respecter les termes du contrat de travail, mais croient se racheter en se montrant généreux pour les œuvres caritatives. Pour Léon XIII, le travailleur ne doit pas obtenir par charité ce qui lui revient par la justice ! La justice légale – ce qui est prévu par le contrat – peut en effet s’avérer profondément injuste. En d’autres termes, il n’y a pas de charité authentique si elle ne respecte pas les droits de la justice. La réciproque est également vraie : il n’y a pas d’authentique justice en l’absence de charité. La charité est en effet la norme foncière de toute vie sociale : elle introduit les personnes dans un rapport de mutualité. Sans charité, la justice reste froide : elle a toujours besoin d’être dynamisée pour ne pas manquer son but qui est de rapprocher les membres de la communauté.

C’est également au nom du respect de la dignité humaine que Rerum Novarum défend la propriété privée. L’argumentation est simple. Remettre en cause la propriété privée, c’est aller à l’encontre des ouvriers « en leur retirant la libre disposition de leur salaire et en leur enlevant, par le fait même, tout espoir d’agrandir leur patrimoine et d’améliorer leur condition » (RN 4, 3). Cette solution « est souverainement injuste, en ce qu’elle viole les droits légitimes des propriétaires, qu’elle dénature les fonctions de l’État et tend à ébranler de fond en comble l’édifice social » (RN 3, 2). La propriété privée est nécessaire pour le développement de l’homme, le déploiement de ses talents, pour sa vie familiale et pour l’ordre social.

Les obligations sociales qui règlent les rapports à autrui, et donc les rapports entre classes, consistent à rendre à chacun ce qui lui est dû (suum cuique tradere). Les normes de justice ne font que traduire les exigences de la loi naturelle en vue de rendre effectifs les droits de la personne humaine, droit à posséder les fruits du travail, droit à la stabilité de la famille.

Au final, l’encyclique propose l’amour fraternel entre riches et pauvres comme voie d’un rapprochement. Cet amour plus grand que l’amitié a sa source dans la reconnaissance d’une même paternité divine (ce qui ouvre aussi au partage des ressources) : « De part et d’autre, on saura et l’on comprendra que les hommes sont tous absolument issus de Dieu, leur Père commun; que Dieu est leur unique et commune fin, et que lui seul est capable de communiquer aux anges et aux hommes une félicité parfaite et absolue ; que tous ils ont été également rachetés par Jésus-Christ et rétablis par lui dans leur dignité d’enfants de Dieu, et qu’ainsi un véritable lien de fraternité les unit, soit entre eux, soit au Christ leur Seigneur qui est le premier-né parmi un grand nombre de frères. Ils sauront enfin que tous les biens de la nature, tous les trésors de la grâce appartiennent en commun et indistinctement à tout le genre humain, et qu’il n’y a que les indignes qui soient déshérités des biens célestes. Si vous êtes fils, vous êtes aussi héritiers : héritiers de Dieu, cohéritiers de Jésus-Christ » (RN).

1.4. Conclusion

La lecture de Rerum Novarum montre que le Pape Léon XIII est bien informé de la situation déplorable de la classe ouvrière au XIXe siècle. Mais le texte ne consacre que quelques lignes à l’analyse du mal social (cf. § 2). Il n’entre pas dans l’analyse de la complexité des rapports sociaux. Le texte privilégie une vision morale religieuse qui tourne rapidement au plaidoyer en faveur de la restauration d’un ordre social-chrétien et de ses institutions. « Si la société doit être guérie, elle ne le sera que par le retour à la vie et aux institutions du christianisme », écrit Léon XIII (RN 22, 2). L’Église revendique son droit et son devoir d’intervenir en matière sociale parce qu’elle estime avoir un rôle majeur de régulation sociale : sans la foi, la société court à sa ruine. C’est pourquoi il lui semble capital de sauvegarder les mœurs chrétiennes et la religion dans la société. Seule la religion est en mesure de détruire le mal à sa racine et elle constitue le fondement de toutes les lois sociales.

Ce texte a été reçu très favorablement par les catholiques engagés bien que leur expertise n’ait guère été intégrée. Ils ont lu l’encyclique comme un encouragement à poursuivre leurs engagements dans le monde économique et social. Et c’est en s’appuyant sur Rerum Novarum que, à travers toute l’Europe, des catholiques sociaux engagés en politique élaborent divers projets de loi  (assurances sociales ; travail des enfants, des filles mineures et des femmes ; durée du travail ; protection des apprentis et des ouvriers ; procédures de conciliation et d’arbitrage ; propriété privée…) dont certains seront adoptés, faisant évoluer d’une manière très positive la législation sociale. En cela, l’encyclique de Léon XIII est bien « un texte fondateur ». Il sera suivi par une importante production magistérielle qui aborde bien d’autres questions que les relations patrons-ouvriers.

Source : Dominique Greiner, assomptionniste, est rédacteur en chef religieux au quotidien La Croix / https://doctrine-sociale.blogs.la-croix.com

Publié par : La société solidaire et durable | octobre 14, 2018

Comment « Résister au transhumanisme ? »


Chers lecteurs,

Jacques Testart, directeur de recherche honoraire à l’INSERM, dénonce les méfaits engendrés par la croyance en la toute-puissance technologique et l’idéologie « anthropocide » du discours transhumaniste. C’est en réalisant les enjeux sous-jacents au passage d’un principe de responsabilité à un principe d’innovation que l’homme sensé prend conscience du risque des méfaits engendrés par la croyance en la toute-puissance technologique et l’idéologie « anthropocide » du discours transhumaniste.

Résister c’est d’abord informer et analyser mais c’est surtout produire un discours et des pratiques de déminage, c’est proposer des modes d’être au monde avec les autres qui refusent la performance et la compétition, c’est affirmer que l’humain vaut mieux que ce qu’il en parait trop souvent.

COLLOQUE CONCLUSIF CRITIQUE DE LA RAISON TRANSHUMANISTE 19 et 20 mai 2017 – « Résister au transhumanisme ? » from Collège des Bernardins on Vimeo.

Source : Viméo et Collège des Bernardins (https://www.collegedesbernardins.fr)

Publié par : La société solidaire et durable | octobre 7, 2018

« Nous voulons des coquelicots »: une pétition contre les pesticides !


Chers lecteurs,

« Stop aux pesticides, nous voulons des coquelicots ! » : nous relayons ici le manifeste de Fabrice Nicolino, journaliste et chroniqueur à Charlie Hebdo et à La Croix, et de François Veillerette, militant écologiste à la tête du réseau européen Pesticide Action Network, contre l’utilisation des pesticides de synthèse.

(Crédit : Shutterstock)

Les pesticides sont des poisons qui détruisent tout ce qui est vivant. Ils sont dans l’eau de pluie, dans la rosée du matin, dans le nectar des fleurs et l’estomac des abeilles, dans le cordon ombilical des nouveau-nés, dans le nid des oiseaux, dans le lait des mères, dans les pommes et les cerises. Les pesticides sont une tragédie pour la santé. Ils provoquent des cancers, des maladies de Parkinson, des troubles psychomoteurs chez les enfants, des infertilités, des malformations à la naissance. L’exposition aux pesticides est sous-estimée par un système devenu fou, qui a choisi la fuite en avant. Quand un pesticide est interdit, dix autres prennent sa place. Il y en a des milliers

Nous ne reconnaissons plus notre pays. La nature y est défigurée. Le tiers des oiseaux ont disparu en quinze ans; la moitié des papillons en vingt ans; les abeilles et les pollinisateurs meurent par milliards; les grenouilles et les sauterelles semblent comme évanouies ; les fleurs sauvages deviennent rares. Ce monde qui s’efface est le nôtre et chaque couleur qui succombe, chaque lumière qui s’éteint est une douleur définitive. Rendez-nous nos coquelicots ! Rendez-nous la beauté du monde !
Non, nous ne voulons plus. À aucun prix. Nous exigeons protection.

Nous exigeons de nos gouvernants l’interdiction de tous les pesticides* en France. Assez de discours, des actes.

Pour signer la pétition, cliquer ici

*de synthèse

Source : http://www.socialter.fr

Publié par : La société solidaire et durable | octobre 7, 2018

Ces Français fabriquent des vêtements 100 % recyclés !


Chers lecteurs,

Faire du neuf avec du vieux : c’est le pari de la start_up toulousaine Hopaal, qui a lancé sa ligne de vêtements issus de matières 100% recyclées. Tout est né de la réflexion de deux copains d’école, Matthieu Couacault et Clément Maulavé.  

Hopaal (Crédit : DR)

« On est sept milliards à s’habiller tous les jours, et le textile est la deuxième industrie la plus polluante après le pétrole, explique Matthieu Couacault, on s’est dit qu’il y avait forcément une solution. »

La start-up s’appuie sur un réseau de centres de collecte de vêtements, qu’elle achète par tonnes, pour en revaloriser les fibres triées selon leur taille et leur couleur. Le but ? Éviter la surproduction de coton, coûteuse en travail humain et en ressources naturelles.

Résultat  : il faut seulement 50  l d’eau pour la confection d’un T-shirt Hopaal, contre 2 700  l pour un classique, le tout sans pesticide ou produits chimiques ajoutés. La marque s’applique également à restreindre au maximum les besoins en transports.

Pour un T-shirt au design simple et épuré, comptez une trentaine d’euros, 120  euros pour le « pull du futur ». Tous les produits sont made in France. Une démarche engagée : « L’acte d’achat est aussi un acte citoyen, conclut Matthieu Couacault. C’est comme un vote. » Hopaal devrait alors remporter tous les suffrages.

Source : WeDemain

 

Publié par : La société solidaire et durable | octobre 7, 2018

«Notre survie dépend des vers de terre» !


Chers lecteurs,

Dans son Éloge du ver de terre, Christophe Gatineau alerte sur la disparition des lombrics et les conséquences dramatiques de ce phénomène. L’agronome passionné tente de réhabiliter cet invertébré «intelligent et sensible» et milite pour que cet animal soit reconnu et protégé par la loi.

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«La disparition des vers de terre est un phénomène aussi inquiétant que la fonte des glaces», affirmait récemment Hubert Reeves. Dans la droite lignée de l’astrophysicien, Christophe Gatineau alerte sur les conséquences dramatiques de la disparition de cet animal. Dans son livre Éloge du ver de terre (aux éditions Flammarion), l’agronome qui dialogue avec un ver de terre tout au long de son ouvrage défend le premier ouvrier des champs. Il milite pour que cet animal soit reconnu et protégé car «notre futur dépend de son avenir».

Comment avez-vous pris conscience de la nécessité de protéger le ver de terre?

Je suis fils de paysan, agronome de formation et habitué à observer les évolutions de la nature. Un jour j’examinais un ver de terre, un lombric, en train de brouter de l’herbe. Il en avait un morceau dans la bouche, j’ai voulu lui retirer et il y a opposé de la résistance. J’ai été fasciné par cette réaction et j’ai compris que cet animal était sensible. Ça a changé ma perception du ver de terre et mon rapport au sol. Puis, je me suis rapidement rendu compte qu’on en trouvait de moins en moins.

Vous citez l’INRA qui constate que 80% des vers de terre ont disparu des sols cultivés en France. Pourquoi s’en inquiéter?

Les vers de terre nourrissent le sol qui nourrit les plantes qui nourrissent les êtres vivants, les animaux et les hommes. C’est donc simple: notre survie dépend des vers de terre.

Mais notre modèle agricole a brisé ce cycle. L’agriculture pratiquée depuis 50 ans a décidé de ne plus collaborer avec la nature. Les pesticides et les labourages tuent les vers de terre. L’INRA constate que 25% des sols sont victimes d’érosion, qui est la conséquence de la disparition du vivant et du ver de terre.

Tant que le ver de terre ne sera pas reconnu, il sera impossible de le protéger.

Vous dites «en France 200 espèces d’insectes sont protégés par la loi sauf le bourdon, l’abeille, le ver de terre…». Serait-ce une solution de le protéger?

Oui, il n’est d’ailleurs même pas considéré comme un animal et puis comment aider ce qui n’existe pas?! Par ailleurs, reconnaître le ver de terre reviendrait à reconsidérer notre modèle agricole et revoir toute notre façon de faire de l’agriculture.

Un ver de terre est un marqueur de la vie du sol et de sa bonne santé. Un sol riche en matière organique, et donc fertile, est habité par les vers de terre. A l’inverse, un sol mineral est déserté par les vers de terre car ils y meurt de faim. Pour éviter cette situation, auparavant, les paysans nourrissaient leurs sols: ils cultivaient des bandes fleuries et privilégiaient la diversité végétale pour favoriser les pollinisateurs et nourrir les sols et la vie animale qui s’y niche.

Est-ce déjà trop tard pour agir?

Au stade de l’effondrement de la biodiversité que nous connaissons, il faut agir vite. Il faut que l’agriculture coopère avec la nature et la biodiversité. Il est important de nourrir les sols. Le lombric terrestre vit 8 ans en moyenne et donne naissance à une dizaine d’individus tout au long de sa vie… ce qui est peu.

Vous décrivez le ver de terre comme un animal sensible et intelligent. Ne peut-il pas trouver seul la solution à sa survie?

Darwin a été le premier à démontrer que le ver de terre est un être sensible! Il était fasciné par les vers de terre qu’il a qualifié d’être intelligent un grand nombre de fois. Il a par exemple démontré qu’il est en capacité de s’adapter à de nouvelles conditions de vie.

Mais il doit avoir le ventre plein avant de pouvoir imaginer les conditions de sa survie. Or aujourd’hui il meurt de faim. Il tente de manger de la terre mais ce n’est pas son alimentation. Il manque de matière organique due à l’abandon de la fertilisation organique et le recours à la chimie qui déciment les sols vivants et nos alliés des campagne.

Avez-vous d’autres projets pour sauver cet animal indispensable à notre survie…comme une ferme de vers de terre?

Nous ne pouvons pas les élever donc impossible de créer des fermes de vers de terre!

En revanche, je suis soutenu par le ministère de la transition écologique pour sensibiliser les jeunes agriculteurs pour qu’ils coopèrent avec les vers de terre. Nous avons réédité un livre de Darwin qui est la référence en la matière. L’idée est aussi de leur montrer que c’est plus rentable, d’un point de vue économique, de préserver cet animal.

Vous avez écrit à François Hollande, Emmanuel Macron et leurs ministres pour leur demander de protéger cet animal. Vous ont-ils répondu?

Non, j’attends toujours !

Source : Le Figaro

Publié par : La société solidaire et durable | octobre 7, 2018

Le premier frigo solidaire ouvert à tous à Angoulême !


Chers lecteurs,

Le premier frigo solidaire ouvert à tous à Angoulême

Par charentelibre.fr, publié le , modifié .

La Drôle d’épicerie de la place du Palet à Angoulême a déposé devant sa vitrine un drôle de frigo. Un frigo solidaire. C’est un habitant du quartier, qui a acheté, grâce à un financement participatif, un frigo pour 3000€, en partenariat avec Identités Mutuelle. La mutuelle de santé et prévoyance a fourni le meuble en bois avec les explications. Et Raphäel Guerreiro-Boissière, le gérant de la Drôle d’épicerie de la place, fournit l’électricité. La marchandise, elle, est apportée au gré des envies par les passants et habitants du quartier. Chacun peut prendre ce qu’il veut gratuitement. Hier, il restait des pommes et des crèmes dessert…

Source : http://www.charentelibre.fr

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