Publié par : La société solidaire et durable-Club de pensée citoyen | décembre 6, 2020

Hervé Coves, un franciscain expert de l’agro-écologie et de la permaculture !


Chers lecteurs,

Il a le parcours professionnel et spirituel… d’un contemplatif. Ingénieur agronome, Hervé Coves accompagne aujourd’hui ceux qui veulent se former à l’agro-écologie et à la permaculture.

Hervé Coves

L’amour de la nature

C’est l’amour de la nature qui l’a conduit à devenir ingénieur agronome. Lui, l’enfant de pieds-noirs élevé dans une cité HLM de la banlieue de Strasbourg, né en France et éduqué dans l’idée (et le traumatisme) qu’il ne fallait pas trop s’attacher à la terre. À la fin des années 70, il avait déjà un côté militant quand il a commencé à travailler pour une Chambre d’agriculture dans le Limousin.

Déjà « les Chambres étaient perçues comme parasitant l’agriculture ». Il se souvient, à ce moment-là, « l’idée c’était vraiment de nourrir le monde ». Et on en est venu à utiliser de la farine animale pour nourrir les troupeaux, « on trouvait ça extraordinaire d’élever des vaches avec de la fiente de poule et de la sciure de bois… »

L’AGRICULTURE, REMISE EN CAUSE D’UN SYSTÈME

La première prise de conscience que quelque chose ne pouvait pas fonctionner dans ce système agricole-là, ce fut lors de la crise de la vache folle. « À partir du moment où un projet sur lequel j’avais travaillé a montré ses limites, je suis suis dit ‘Hervé tu es en train de tuer des gens’. » Hervé Coves confie avoir « vécu avec cette culpabilité-là pendant longtemps… » Prise de conscience aussi, que, dans ce système où les agriculteurs « ne vivent plus de leur métier » (à part sur de très grandes surfaces de plus de 1.000 hectares) mais « des aides et des subventions », on « ne donne plus une vraie valeur aux choses ». Selon lui, le drame pour un agriculteur c’est que le prix de son effort est décidé arbitrairement depuis Bruxelles.

« Un jour ça s’est imposé à moi : regarde comme la vie est belle »

« La campagne ma révélé quelque chose de la beauté du monde. » Il avait 12 ans, quand sa famille a déménagé pour le petit village de Kolbsheim (Bas-Rhin) : là, il a vécu « une renaissance ». « Je vivais en moi cet amour de la terre. » Et le jeune homme peut enfin laisser libre cours à sa passion pour les végétaux. Mais sa conversion, ou plutôt sa « révélation » comme il l’appelle, il l’a vécue des années après, au cours d’un voyage d’étude en Guyane.

Une nuit, au cœur de la « magnifique » et « effrayante » forêt amazonienne, emplie de bruits tous plus ou moins inquiétants les uns que les autres, Hervé coves est installé dans un hamac et peine à s’endormir. Quand tout à coup une puis deux, puis trois, puis des centaines de lucioles clignotent et se répondent dans un jeu de lumière « féérique ».
 

Les bruits de la nature, des chants d’amour

« Le monde est un livre extraordinaire dans lequel il y a tant à apprendre », cela il en était déjà convaincu. Mais cette-nuit là en Guyane – Hervé Coves en parle la voix brisée par l’émotion – il comprend que « tous ces insectes, ces singes [qu’il entend] hurler, ces grenouilles qui coassent, ce sont des chants d’amour : je me suis rendu compte à ce moment précis que c’était de ça dont j’avais peur ; ce dont j’avais peur c’était l’amour ». Et ça a « bouleversé » sa vie. « Je me suis détendu dans mon hamac et j’ai vécu une des plus belles nuits de mon existence. »

Une « nuit d’amour à communier avec toute cette nature merveilleuse ». Depuis, il a cessé de ronfler et d’être insomniaque, dit-il en souriant. Il en a surtout gardé « la révélation qu’on est dans un monde qui est plein d’amour » et que souvent « les manifestations d’amour nous effraient ».

Livre Vivre ensemble, notre monde truffé d’amour – Pour écouter l’interview d’Hervé Coves cliquez sur l’image ci-dessous :

Source : RCF et livre de Hervé Coves

Publié par : La société solidaire et durable-Club de pensée citoyen | décembre 6, 2020

Saint-Jean-de-Boiseau : son exploitation est partie en fumée, l’appel à l’aide d’une jeune maraîchère !


Chers lecteurs,

Elle s’est installée en bio il y a un peu moins d’un an, depuis, Guillemette vendait ses légumes sur son terrain. Lundi 31 novembre elle a tout perdu dans un incendie. Ses proches lancent une collecte sur internet.

La jeune maraîchère est encore complètement secouée, traumatisée par l’incendie auquel elle a assisté lundi dernier, et dans lequel elle a presque tout perdu.

C’est sa compagne, Alexandra qui nous raconte, « Guillemette est arrivée sur place à 8H30, l’incendie était déjà en cours. Elle a vu son tunnel de stockage et son magasin partir en fumée…c’était la stupeur !  En deux heures tout a brûlé. Tout le matériel mais aussi les légumes d’hiver qui y étaient conservés. Il n’y a plus d’outil, plus de tracteur, plus de semences…plus rien! »

Installée depuis un an, Guillemette Duchesne a un idéal : cultiver des légumes bios à des tarifs accessibles. Elle travaille seule les 3,5 hectares de terrain.

C’est sur cette parcelle, non constructible, qu’elle avait installé un tunnel de stockage d’une centaine de mètres carrés.

À l’intérieur, elle conservait ses légumes (principalement des courges en cette saison) et surtout ses semences pour le printemps.

« Bien sûr il y a les assurances mais l’argent n’arrivera pas avant janvier, février. Trop tard pour anticiper les semis et les plantations…il faut à tout prix que Guillemette puisse repartir pour le printemps!« .

Cagnotte solidaire

Nombreux sont les voisins, les amis qui se mobilisent depuis 5 jours pour venir en aide à la jeune maraîchère.
« On nous a soufflé l’idée d’une cagnotte en ligne…du coup on s’est lancées…l’objectif c’est, avec l’argent récolté de pouvoir acheter en priorité un tracteur et des semences « .

Guillemette a besoin de 20 000 euros pour pouvoir relancer son activité. Si vous souhaitez contribuer, il suffit de cliquer là.

L’espace magasin du tunnel de stockage n’a pas échappé au sinistre, mais Guillemette envisage dès la semaine prochaine de reprendre la vente directe de ses légumes, mercredi 9 décembre, en extérieur. Car malgré tout, les serres encore en place et les légumes continuent de pousser…

Malgré le récent sinistre, la vente directe de légumes reprendra dès mercredi prochain au "Jardin de Guillemette"
Malgré le récent sinistre, la vente directe de légumes reprendra dès mercredi prochain au « Jardin de Guillemette » • © G.D

Source : https://france3-regions.francetvinfo.fr, Sandrine Gadet et plateforme Miimosa.

Publié par : La société solidaire et durable-Club de pensée citoyen | décembre 5, 2020

La méthode Miyawaki pour restaurer les forêts !


Chers lecteurs,

Qui est Akira Miayawake ?

Akira Miyawaki, né en 1928, est un botaniste japonais expert en écologie rétrospective appliquée à la restauration des forêts natives. Il a ainsi mis en place la méthode connue comme the potted seeding method. Depuis, il a planté plus de 40 millions d’arbres dans le monde. >> Plus d’informations sur la vie du Pr. Akira Miyawaki sur Wikipédia

Le professeur Miyawaki a observé qu’au Japon, les arbres qui poussaient traditionnellement autours des temples, tombeaux et cimetières au Japon constituaient souvent des forêts modestes mais anciennes, avec un rôle important dans la régulation des aléas climatiques, car elles sont composées d’espèces originaires du site et forment un écosystème stable. Par opposition, il a également fait le constat que la plupart des bois et des forêts créés selon les principes de la sylviculture ne sont pas les plus résilients et les plus efficaces pour faire face au changement climatique.

Akira Miyawaki

Le professeur Miyawaki s’est appuyé sur le concept de végétation naturelle potentielle pour planter et restaurer des forêts plus naturelles, plus résistantes et plus protectrices pour les hommes, puisqu’elles sont plus adaptées à leur milieu. En effet, la végétation naturelle potentielle (on parle de Potential Natural Vegetation dans la litterature scientifique anglo-saxonne, ou plus communément PNV) est la végétation qui pousserait dans un lieu si ce dernier n’était pas soumis à des perturbations d’origine humaine : il s’agit donc des espèces qui s’installeraient spontanément, a priori, si la nature n’était pas perturbée dans un lieu pendant de nombreuses années, voire décennies.

Fort de ces constats et de ses connaissances profondes en la matière, le professeur Miyawaki a développé, testé et amélioré une méthode d’ingénierie écologique, connue sous le nom de « méthode Miyawaki », capable de restaurer des forêts natives à partir des jeunes plants (30 cm) même sur des sols très dégradés ou déforestés.

La méthode Miyawaki en quelques mots

Ce qu’on désigne communément sous le terme « méthode Miyawaki » regroupe en fait une série de mesures qui favorisent l’émergence d’une communauté végétale locale, adaptée au terrain où elle est plantée. Cette méthode est très souple et peut être appliquée dans des milieux très divers, comme des bords de routes pour absorber le bruit et la pollution, des rives délaissées pour contenir les inondations, des terrains en pente pour prévenir les glissements de terrain, ou n’importe quel milieu urbain pour former des îlots de fraîcheur. Chaque plantation, qu’elle soit en zone rurale ou urbaine, permet de développer les corridors écologiques pour la biodiversité. Les principales caractéristiques de la méthode sont les suivantes :

  • une attention particulière au sol, qui doit être suffisamment riche et meuble pour que les jeunes racines s’y implantent bien. Si le sol est dégradé, on l’amendera avec des matières naturelles et simples à trouver pour le rendre plus propice à la plantation ;
  • une plantation dense d’arbres, à 3 arbres au m² sous nos latitudes, pour favoriser la communication racinaire, limiter la croissance d’herbes adventices et créer une situation de compétition vertueuse pour la lumière ;
  • une sélection d’espèces d’arbres et d’arbustes adaptées au lieu, c’est-à-dire faisant partie de la végétation potentielle naturelle du lieu.

Pour mieux comprendre la méthode, vous pouvez télécharger le document la méthode dans une seule page que nous avons rédigé.

Etape n°1

Déterminer les grandes lignes du projet : où, quand, avec qui ?

Commencez par parler de votre projet autour de vous : une fois que votre idée a germé,rapprochez-vous de vos amis et d’acteurs locaux pour créer un mouvement solide et motivé.

Etape n°2

Identifier les leviers d’action

Déterminez ce qui vous permettra de concrétiser votre projet : budgets participatifs, appels à projets, subventions publiques, financement participatif, partenariats.

Etape n°3

Rechercher les espèces locales, préparer le terrain

Pour avoir une vision claire de la plantation à réaliser, il faut étudier le terrain, prévoir ce qui sera nécessaire pour l’enrichir (fumier, écorces), et déterminer les espèces les plus adaptées au site, en s’appuyant sur les observations faites jusqu’à 20km autour du lieu de plantation. Les publications scientifiques et les conseils des experts locaux en botanique sont bien sûr très précieux pour dresser la liste de la végétation naturelle potentielle (voir plus haut) !

Etape n°4

Organiser la plantation avec une communauté de citoyennes et citoyens

Vous y êtes ! Commandez les plants, les compléments du sol et les outils, et communiquez à fond pour que le maximum de volontaires puisse prendre part à la tâche !

Etape n°5

Entretenir la forêt pendant 3 ans

Désherbage une fois par mois la première année, puis de façon dégressive.

Avant et après une plantation Miyawaki

Voici quelques exemples notables de plantations réalisées avec la méthode Miyawaki.

Paris, France

Association Boomforest

Forêt plantée par l’Association Boomforest avec les riverains de la Porte de Montreuil.

Zaandam, Hollande

IVN Natuur Educatie

Forêt plantée par la communauté locale de Zaandam et les écoles.

Bangalore, Inde

Afforestt

Forêt plantée par Afforestt dans le jardin de Shubhendu Sharma.

Yokohama, Japon

Université de Yokohama

Forêt plantée par le Pr. Akira Miyawaki et son équipe, il y a 10 ans.

Source : Wikipedia et https://boomforest.org

Publié par : La société solidaire et durable-Club de pensée citoyen | octobre 23, 2020

Qui est Alan Watts ?


Chers lecteurs,

Alan Watts fut l’un des papes de la contre culture-américaine dans les années soixante et son oeuvre était très lue en Europe. Puis, précocement disparu à cinquante-huit ans, il entra dans une sorte d’oubli, ce qu’on appelle « l’enfer » des écrivains. On redécouvre aujourd’hui peu à peu son message de philosophe spirituel et libertaire.

Alan Wilson Watts était un drôle de bonhomme : un homme du paradoxe, à bien des égards. Jouisseur et ascète, érudit et communiquant de masse, l’âme chrétienne et le regard bouddhiste, contestataire icône de la contre-culture et connaisseur des traditions, Britannique de naissance, d’accent et de style en même temps que Californien invétéré… Et, à l’instar de bien des hommes du paradoxe, Watts était un visionnaire, précurseur et révolutionnaire de la conscience.

C’est en 1915 qu’il voit le jour à Chislehurst, un village du Kent. La campagne anglaise dans toute sa splendeur et, surtout, partie intégrante de la maison familiale, un jardin potager qui décidera de sa position d’écologiste avant la lettre. Il demeurera toute sa vie un grand amateur de nature et de jardinage. Entré en 1928 à la King’s School de Canterbury, il y reçoit une éducation censée faire de lui un parfait gentleman britannique. Aux sermons des ecclésiastiques anglicans chargés de l’éclairer sur son salut, il préfère les leçons pratiques du père d’un de ses camarades de classe, qui entreprend de l’initier aux plaisirs de la gastronomie lors d’un voyage sur le continent. Là aussi, la leçon sera déterminante. Watts affichera jusqu’à sa mort un goût prononcé pour la bonne chère, les vins et alcools fins, les cigares, plaisirs sensuels qui, pour lui, non seulement n’entrent pas en conflit avec la quête mystique, mais en constituent un aspect. Pour Watts, la spiritualité est amour de la vie et la vie se goûte à travers les sens associés à l’esprit et non uniquement par l’esprit.

Autre initiation majeure dispensée par ce père, décidément fort éclairé, la découverte du bouddhisme. Rappelons qu’en ce début des années trente, s’intéresser au bouddhisme est tout à fait inhabituel et incongru. Il n’existe que fort peu d’ouvrages accessibles sur cette religion exotique et les roshis ou rimpochés sont alors inconnus au bataillon de la culture anglaise, sinon de quelques poussiéreux orientalistes. Il existe néanmoins à Londres une « Société bouddhiste », à laquelle l’adolescent s’empresse d’adhérer et qui lui permettra de découvrir les textes fondateurs.

Avant ses dix-huit ans, Alan Watts est déjà ce qu’il demeurera toute sa vie : un bouddhiste épicurien.

Un esprit éclectique

Ne pouvant espérer entrer à Oxford du fait des modestes moyens de sa famille et de son peu de chance d’obtenir une bourse, compte tenu de son excentricité peu appréciée à King’s School, il prend un emploi de gratte-papier et poursuit son éducation au gré des rencontres, assistant à des conférences de Carl Gustav Jung et fréquentant assidûment l’une des rares librairies ésotériques de Londres. En 1936, il fait la découverte capitale des livres de D.T. Suzuki, qu’il rencontre même lors du Congrès mondial des religions. C’est dans l’émerveillement de cette initiation théorique au zen, qu’avec précocité il rédige son premier ouvrage, L’Esprit du zen, résumé des célèbres Essais sur le bouddhisme zen de Suzuki. Il assiste également à cette époque à des conférences de Krishnamurti dont il deviendra plus tard un proche en Californie. C’est cette même année qu’il fait la connaissance d’une jeune Américaine, Eleonore Everett, de retour du Japon, où elle a visité plusieurs monastères zen en compagnie de sa mère.

Mariés en 1937, ils traversent l’océan pour s’établir à New York avec le soutien financier de la belle-mère, alors épouse d’un riche avocat. La belle-mère en question sera bientôt l’une des premières pratiquantes sérieuses du zen Rinzaï en Amérique. À la mort de son premier mari, elle épousera son maître, Sokeï-an Sasaki, devenant ainsi Ruth Fuller Sasaki et, en tant que seule prêtresse rinzaï américaine dûment ordonnée au Japon, jouera un rôle déterminant pour la propagation du zen dans le Nouveau Monde. Par sa belle-mère, Watts rencontre Sasaki dont il sera très proche trois années durant, jusqu’à ce que la guerre et l’emprisonnement par le gouvernement américain des Japonais vivant aux États-Unis interrompe cette éducation.

En 1940, à la surprise, pour ne pas dire la consternation de son cercle d’amis, Watts entre dans l’église Episcopalienne, très puissante aux USA, qui admet les prêtres mariés. Il sera ordonné en 1945. « La plupart pensaient – écrira-t-il dans ses mémoires – que j’avais perdu le nord. Je dirais plutôt que j’essayais désespérément de le trouver. »

Une conversion pragmatique

Si surprenante qu’elle paraisse, cette « conversion » aboutissant au sacerdoce participe d’une logique : dépourvu de diplômes, bien que doté d’une culture déjà encyclopédique, ne s’intéressant qu’à la religion au sens le plus vaste du terme, Watts est un jeune homme qui cherche une manière acceptable de s’insérer dans la société. Son svadharma, comme diraient les hindous, sa vocation véritable, est bien celle d’un « prêtre », d’un homme voué à témoigner de l’essentiel. Convaincu par ailleurs de l’importance et de la valeur de ses racines chrétiennes, il voit à l’époque dans la prêtrise la possibilité concrète de jouer le rôle qui lui correspond au sein de la communauté. C’est aussi en 1940 que paraît son premier livre écrit et publié aux États-Unis, La Signification du bonheur, dans lequel il se livre avec brio à une étude comparée des sagesses orientales et de la psychologie contemporaine.

Aumonier de l’université Northwestem, près de Chicago, il fascine nombre d’étudiants par son ministère peu conventionnel, mais s’attire dans le même temps, comme on pouvait le prévoir, la suspicion appuyée des autorités de son Église, qui ne reconnaissent pas leur dogme dans le « panthéisme » du père Watts. Il fait ainsi quelques années le grand écart entre ses convictions et leur version socialement correcte. Cette position finit cependant par devenir intenable, si bien qu’en 1950, cinq ans après son ordination, il se « défroque » et quitte à jamais le sein de mère Église. Dans une longue lettre adressée à ses étudiants et amis, il admet y être entré pour « fuir la confusion de notre époque en cherchant refuge dans une sorte de nostalgie »,et met en garde quiconque prétendrait l’imiter : « Vous ne pouvez pas agir correctement en imitant les actions de quelqu’un d’autre. »

Le voici donc électron libre, retiré quelques mois à la campagne où il pratique le noble art de la cuisine et écrit Bienheureuse Insécurité, en compagnie d’Antonietta, qui deviendra sa seconde femme. Le message essentiel – et, à l’époque, révolutionnaire – de cet ouvrage est la nécessité de l’abandon à l’instant présent, unique porte du paradis, et la récusation de toute prétention à figer Dieu en un concept. En 1951, il trouve refuge au sein d’une institution comme seule en crée l’Amérique, l’Académie des études asiatiques, en Californie, qui lui confère un statut de professeur sans qu’il en possède les diplômes.

Désormais et jusqu’à sa mort, Californien, établi à Mill Valley, il se trouve aux premières loges pour assister à la mutation des consciences qui couve déjà, et bientôt y participer en tant qu’inspirateur de premier plan. En 1953, il publie l’un de ses ouvrages majeurs, Mythe et Rituel dans le christianisme. Fort de sa grande connaissance de la liturgie combinée à son esprit zen, Watts dresse un réquisitoire d’une religion dégénérée trop imprégnée de l’idée moderne de « progrès », et chante la beauté d’une version primitive et écologique du christianisme.

À l’Académie, sous couvert de cours portant sur le ch’an chinois, il partage surtout sa quête et sa pratique de la reliance à ce qui est, invitant D.T. Suzuki, ou emmenant ses élèves écouter Krishnamurti.

Il a pour étudiant et admirateur le futur poète beat et moine zen Gary Snyder, dont son ami Jack Kerouac fera, sous le pseudonyme transparent de Japhy Rider, le protagoniste des Clochards célestes. Watts apparaît aussi dans ce roman sous le nom d’Arthur Wane. Déconcertée par ces contestataires beat qui parlent de dharma, de tao et de satori, l’Amérique se tourne vers le vulgarisateur de génie qu’est Watts pour tenter d’y comprendre quelque chose. Si bien que notre homme est à la fois inspirateur de la contre-culture et son ambassadeur auprès du grand public, publiant des articles dans Playboy et participant à des émissions télévisées. Vulgarisateur au sens le plus noble du terme, celui qui fait comprendre à la masse, oui ; vulgaire ou bon marché, jamais. Le Bouddhisme zen, publié en 1957, est à la fois une remarquable présentation du zen en tant que courant spirituel et un témoignage de cet esprit zen qu’il incarne avec brio. Soucieux de rigueur, il met les choses au point dans un fameux article intitulé : « Le zen beat le zen square et le Zen , ». II y explique que, pour lui, ni le zen square, celui de l’orthodoxie et des institutions japonaises, ni le zen beat, trop souvent fumeux prétexte à suivre sa fantaisie, ne sont réellement le Zen, qui procède d’un lâcher-prise radical.

En 1957, désormais célèbre et apte à « vivre de ses dons », ainsi qu’il l’écrira lui-même, il quitte l’Académie des études asiatiques. Dans Amour et Connaissance, publié en 1958, il développe des thèmes écologiques aujourd’hui évidents, mais alors tout à fait précurseurs, et établit un lien entre la domination de la nature par l’homme avide et l’asservissement de la femme. C’est à cette époque qu’il rencontre celle qui deviendra sa troisième et dernière épouse, Mary Jane.

La période psychédélique

II fraie avec l’antipsychiatrie, dirige le premier séminaire de l’institut Esalen à Big Sur et s’intéresse, notamment sous l’influence de son ami Aldous Huxley, à la mescaline et au LSD qui fait alors son apparition. Ayant tenté l’expérience, il se prononce sans ambages : si les drogues peuvent conduire à de pénétrantes intuitions, leurs effets ne doivent pas se confondre avec une authentique expérience mystique intégrée. Bien qu’ami et soutien de Timothy Leary, le grand propagateur du LSD, il fustige son côté « grand prêtre », et dénonce « cette mégalomanie messianique qui naît d’une mauvaise interprétation de l’expérience de l’union à Dieu, ». II l’écrit dans Joyeuse Cosmologie, où il médite sur les modifications d’états de conscience dues à l’usage des produits psychédéliques. Installé en 1961 sur un gros bateau vapeur à roues à Sausalito, dans la baie de San Francisco, Watts est un homme public qui sait préserver sa liberté de parole et de pensée. Être Dieu, publié en 1963, réaffirme la vocation mystique de l’homme. Dans Le Livre de la sagesse (1966), il s’attaque à la conception d’un je existant indépendamment du tout, autrement dit l’ego.

De 1966 à 1972, il ne publie pas, mais voyage en Europe et au Japon, écrit de nombreux articles et enregistre des séries de conférences télévisées aujourd’hui disponibles en vidéo. Ses Mémoires, parues en 1972, seront le dernier ouvrage publié de son vivant. Avec humour et profondeur, il y revient sur son étonnant parcours et montre comment un petit campagnard britannique se mue en grand prêtre de la contre-culture californienne et surtout en homme du paradoxe, à la fois pleinement occidental et habité par l’esprit du zen. Grand buveur et jouisseur, il s’éteint dans son sommeil le 17 novembre 1973. « Certes, Alan avait une vie sentimentale très compliquée et il aimait boire, me dira Gary Snyder lorsqu’en 1988 je l’interrogerai sur son mentor.

Mais ce que sa biographe [Monica Furlong, auteur de Zen Efficts : The Life of Alan Watts] ne restitue pas, c’est la grâce avec laquelle il passait à travers tout cela. . . Alan était toujours très joyeux, il ne se plaignait jamais, faisait en toutes circonstances preuve d’une grande générosité. . . » Et Arnaud Desjardins se souvient du rire tonitruant de Watts – rencontré à Paris vers la fin des années soixante -, de l’impression de liberté qui émanait de lui et de ce que lui confia ensuite un ami tibétain, interprète du Dalaï- Lama, présent à cette soirée : « Voici le premier Occidental qui ait vraiment compris l’essentiel du bouddhisme mahâyâna.. Lui, il sait de quoi il parle… Il a vécu l’expérience fondamentale. » .

Qui êtes vous réellement ? Alan Watts

A lire :

- Le Bouddhisme zen, éditions Payot, 2002. 

- Éloge de l’insécurité, éditions Payot 

- Face à Dieu, éditions Denoël/Gonthier, 1981.

- Joyeuse Cosmologie : Aventures dans la chimie de la conscience, éditions Fayard, 1971. 

- L’Esprit du Zen, éd. Dangles, 1976, réédité par les éditions du Seuil, en collection « Points-Sagesses » 

- Être Dieu, éditions Denoël/Gonthier, 1977. 

- Le Livre de la sagesse, éd. Denoël/Gonthier, 1974. 

- Mémoires, éditions Fayard, 1977. 

- Psychothérapie orientale et occidentale, éditions Fayard, 1974. 

- Amour et Connaissance, éditions Gonthier, 1966 ; Réédition : éditions Alrnora 2007.

Sur Alan Watts, l’excellent livre de Pierre Lherrnite, Alan Watts, taoïste d’Occident, préface d’Arnaud Desjardins, éditions la Table Ronde,1983.

Source sur internet : Quelques vidéos de Watts sont disponibles sur YouTube, les enregistrements de ses séminaires et conférences peuvent être acquis sur plusieurs sites américains, dont le site « officiel » : www.alanwatts.com.

Publié par : La société solidaire et durable-Club de pensée citoyen | octobre 23, 2020

Sortie de THRIVE II: This Is What It Takes, second volet de l’un des documentaires les plus regardés de tous les temps !


Chers lecteurs,

Réunissant les dernières découvertes dans les domaines de la science, de la conscience et de l’activisme, THRIVE I offrait de vraies solutions et proposait des stratégies inédites et audacieuses pour reprendre nos vies et notre avenir en main.

Les créateurs, Foster Gamble et Kimberly Carter Gamble, ont préparé une bande-annonce qui sera diffusée le 8 août 2020 pour annoncer un second volet THRIVE II : This Is What It Takes (THRIVE II : voilà ce qu’il faut), dont le titre apparaît comme une réponse à la question formulée dans le premier volet.

Foster Gamble, créateur du film et mouvement Thrive

THRIVE II: voilà ce qu’il faut plonge les spectateurs dans l’envers du décor où ils découvriront des personnes et des innovations qui ont le pouvoir de transformer notre vie à tous. Le film est un voyage à travers le monde à la découverte des solutions les plus prometteuses en matière d’énergie, de santé, de conscience et d’auto-organisation non coercitive, ainsi que des concepts scientifiques, des principes et des stratégies sous-jacents qui rendent ces solutions possibles. Proposant des solutions transpolitiques, locales et décentralisées, THRIVE II nous offre des outils pratiques pour reprendre le contrôle de nos vies, une tâche particulièrement importante au regard des défaillances de nos gouvernements et institutions face à la pandémie et aux troubles civils qui secouent le monde. Le film sortira le 26 septembre 2020 en 15 langues dans un monde désenchanté par le statu quo, avide d’espoir et à la recherche de solutions concrètes.

Après la sortie du premier volet, plus d’un millier d’innovateurs du monde entier ont contacté l’équipe de ThriveOn dans l’idée de faire connaître leurs inventions et de rejoindre le mouvement.

« Bon nombre d’entre eux craignaient que leurs inventions ne soient tellement en opposition avec le statu quo qu’elles n’aient déjà été écartées ou pourraient l’être », a déclaré Foster Gamble. « Les retours ont été si motivants que Kimberly et moi nous sommes lancés dans un voyage à travers l’Afrique, la Chine, la Thaïlande, l’Égypte, l’Europe, le Costa Rica, le Mexique et les États-Unis avec une équipe d’ingénieurs, de médecins et d’autres experts pour examiner de plus près diverses découvertes. »

Ces échanges avec des innovateurs du monde entier sont accompagnés de commentaires d’éminents scientifiques et philosophes tels que Nassim Haramein, Gregg Braden, la Dre Kelly Brogan, Bruce Lipton et Larken Rose.

En cette nouvelle ère où les anciens systèmes ne semblent plus fonctionner que pour l’élite financière qui les perpétue, THRIVE II : voilà ce qu’il faut propose des solutions concrètes, une plongée dans les coulisses à la découverte d’innovations révolutionnaires et audacieuses ouvrant de nouveaux paradigmes qui permettront de créer un monde où chacun a la possibilité de prospérer.

Entretien entre Foster Gamble et Lilou Macé

À propos de ThriveOn :
ThriveOn vise à nous éduquer, nous outiller et éveiller notre potentiel humain pour restaurer l’intégrité des systèmes naturels en nous alignant avec le champ unifié et en nous mettant tous au diapason pour créer un monde prospère.
Dossier de presse de THRIVE II : https://www.thriveon.com/thrive-ii-press-kit
Demande de renseignements sur THRIVE II pour la presse : https://www.thriveon.com/request-form/
Pour plus d’informations sur l’affiliation, rendez-vous sur : https://www.thriveon.com/affiliate-sign-up

Vidéo – https://www.youtube.com/watch?v=EaA7WCb4_H4
Logo – https://mma.prnewswire.com/media/1225280/Thrive_II_Logo.jpg

Related Links

https://www.thriveon.com

SOURCE ThriveOn

Publié par : La société solidaire et durable-Club de pensée citoyen | octobre 23, 2020

Le Zimbabwéen Maxwell Chikumbutso invente le premier générateur d’énergie verte au monde !


Chers lecteurs,

Le Zimbabwéen Maxwell Chikumbutso, âgé de 27 ans, a inventé ce qui ressemble au tout premier générateur d’énergie verte au monde, capable de produire de l’électricité à l’aide de radiofréquences. Il a conçu et construit un véhicule à propulsion électrique et un hélicoptère hybride utilisant six types de carburant.

Ayant quitté l’école, il n’a aucune formation technique ou scientifique, mais seulement des révélations de plans et visions qu’il a utilisés pour formuler ses inventions.

En 1997, Chikumbutso a fondé Saith Technologies. «En priant sur une certaine montagne, il a reçu le passage d’Écriture d’Isaïe 46, d’où le nom Saith Technologies, comme dans« ainsi dit le Seigneur », a-t-il expliqué à Techzim.

Chikumbutso voulait à l’origine devenir mécanicien. En 1999, il a formé son premierprojet, un émetteur de radiodiffusion. Il a diffusé illégalement et a abandonné son projet en raison d’un manque de financement.

En 2001, Chikumbutso a mis au point un système de navigation numérique facilitant l’atterrissage des aéronefs en fonction de sa taille, de sa vitesse et de son positionnement.

Après plusieurs échecs en matière de partenariats et de financement, Chikumbutso a déménagé aux États-Unis en 2017: «Le gouvernement des États-Unis a vu ce que l’ Afrique n’avait pas fait et la Californie est désormais notre maison, le siège social de Saith Holdings Inc. J’aime toujours AFRICA et je suis tellement fier d’être né et d’avoir grandi en AFRIQUE. Je reviendrai sûrement au Zimbabwe où tout a commencé », a-t-il confirmé.

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Publié par : La société solidaire et durable-Club de pensée citoyen | septembre 30, 2020

Des chercheurs découvrent que le jardinage est la réponse aux maux de la société !


Chers lecteurs,

Le jardinage amateur résout tout. C’est la conclusion d’une étude de Princeton publiée dans la revue Landscape and Urban Planning. Le communiqué de presse de l’étude note que le jardinage est « largement négligé par les décideurs politiques ». Eh bien, oui. Tout comme le tricot et la sieste.

L’étude a suivi le bien-être émotionnel de 370 habitants de Minneapolis-St. Paul à travers des activités communes comme la marche, le bus, le shopping et les repas au restaurant. Les chercheurs ont constaté qu’un tiers des personnes font du jardinage chez eux pendant 90 minutes par semaine en moyenne. Surprenant !

« Il est difficile de savoir qui jardine à la maison », déclare le premier auteur, Graham Ambrose, spécialiste des projets de recherche au sein du département de génie civil et environnemental de l’université de Princeton. « Beaucoup plus de gens jardinent que nous ne le pensons ».

Et oh combien ils sont heureux. Les jardiniers font état de niveaux de bonheur élevés, parmi le tiers supérieur de toutes les activités. Les jardiniers font également état de niveaux élevés d’accomplissement, en particulier pour le jardinage de légumes ! Les femmes et les jardiniers à faible revenu, qui ont souvent des difficultés dans la vie, font état d’un bien-être émotionnel très élevé ! Et les jardiniers solitaires sont tout aussi heureux que ceux qui jardinent avec des amis !

« Ces résultats suggèrent que, lors du choix des futurs projets de bien-être à financer, nous devrions accorder une attention toute particulière au jardinage », déclare M. Ambrose, qui souligne que le jardinage contribue à une ville vivable et à des initiatives en matière d’alimentation de qualité. Pourquoi dépenser de l’argent pour un centre de loisirs alors qu’un peu de terre et un transplantoir feront l’affaire ? Plantez.

Source: www.fastcompany.com

Publié par : La société solidaire et durable-Club de pensée citoyen | septembre 30, 2020

Les fabuleuses cités végétales de Luc Schuiten !


Chers lecteurs,

Architecte et dessinateur, Luc Schuiten mène depuis près de 40 ans, une réflexion croisant l’urbanisme, l’écologie, la science et la science-fiction. Il expose son travail à la Saline Royale d’Arc-et-Senans : magnifiques cités idéales inspirées de la nature, grands Panoramas qui imaginent nos villes dans un siècle, carnets de croquis, moyens de locomotion pour demain…

L’évènement a aussi très joliment inspiré le Festival des jardins de ce même lieu (on vous en reparlera dans notre article du 27 septembre). En attendant, écoutons cet esthète visionnaire et résolument optimiste, qui veut réconcilier l’homme avec la nature.

Luc Schuiten ©AC Labrique

Hortus Focus. Vos œuvres nous montrent un monde parfait où plantes et habitat voisinent dans de superbes paysages urbains.

Comment sont nées ces cités végétales, quelles réflexions cachent-elles ?

Luc Schuiten : je pars de cette idée que la civilisation industrielle a programmé sa propre obsolescence, qu’elle ne peut en aucun cas continuer dans le temps très longtemps parce qu’elle épuise les ressources de la planète. Nous vivons complètement à crédit dans le monde dans lequel nous sommes et à force, arrivera le moment où nous connaîtrons la faillite. Or les décideurs, ceux qui font les choix de société – les politiques – n’ont d’autre projet que d’augmenter de plus en plus ce crédit, avec des consommations et des déchets de plus en plus grands. C’est une réalité, même si nous savons que nous n’irons nulle part en continuant dans ce sens-là.

Quelles solutions voyez-vous pour le futur ?

L’essentiel de mon travail consiste à montrer l’aboutissement d’une réflexion sur un monde 100% durable. Si nous voulons imaginer que nous pouvons avoir un avenir, il faut commencer à bâtir avec ce que nous avons réellement et entrer en harmonie avec la planète, construire avec l’ensemble du vivant et pas contre lui. J’ai élaboré de multiples hypothèses à partir du biomimétisme, cette discipline qui innove en s’inspirant et en utilisant le vivant.

La nature est notre mentor, elle est magnifique, extraordinaire, elle sait comment faire. Quand un coquillage fait sa coque, par exemple, il prend tout ce qui l’entoure dans le mètre cube où il se trouve et utilise du CO2 au lieu d’en produire. L’araignée avec son fil créée un matériau qui est trois fois plus solide que nos aciers à section égale, et cela sans usine, sans camion, sans pollution, sans détruire la planète, en contribuant, au contraire, à une harmonie générale.

À partir de ces observations, on s’interroge: comment peut-on faire, nous, aujourd’hui pour commencer à mettre en place des systèmes bénéfiques plutôt que destructeurs ? L’ensemble de l’exposition pose ces questions-là. À quoi ressemblerait notre monde dans un futur si on prend cette direction-là ? Je ne suis pas scientifique, ni agronome, ni biologiste. J’ai la possibilité de dessiner. Et je dessine non pas ce que je vois, mais ce que j’aimerais bien voir, un monde en évolution.

Cités idéales : Tours végétales
Tours végétales

C’est le rôle de l’architecte, du paysagiste ?

Un architecte ne dessine jamais que le futur, il dessine des bâtiments qui n’existent pas aujourd’hui, qui existeront peut-être demain. C’est ce que je fais, mais au lieu que ce soit demain, c’est après-demain, un peu plus loin, dans cent ans ou plus tard encore. Je pose des hypothèses, celles qui sont désirables en tout cas pour moi : le monde dans lequel j’aimerais bien vivre, qui s’est réconcilié avec la planète, qui a commencé à bâtir des choses en bonne intelligence.

Cités idéales : Louvain la Neuve en 2100
Louvain la Neuve en 2100 (détail)

Le monde que vous représentez est-il utopique ? Ces cités végétales sont-elles réalisables techniquement ?

C’est un monde utopique dans le sens qu’il n’est pas encore réalisé, mais envoyer une fusée dans la lune en 1960 était un projet complètement utopique! Dix ans après, il a été réalisé. Une utopie est simplement un possible qui n’a pas encore été réalisé. Mais c’est un possible. Je ne pars que d’hypothèses scientifiques. Je ne suis pas du tout dans le rêve, je l’exclue complètement, je ne l’aime pas. Le rêve déçoit toujours, car il n’a pas de rapport concret avec la réalité.

Je suis un des membres fondateurs de Biomimicry Europa qui rassemble autour du biomimétisme tout un ensemble de spécialistes (ingénieurs agronomes, ingénieurs physico-chimistes, biologistes, économistes, etc.) ; ils enrichissent le propos par leur apport scientifique. C’est à partir de cela que je construis mes dessins. Chacun peut être l’explication raisonnable d’un possible, de quelque chose qu’on pourrait développer et qui pourrait devenir, à un certain moment, une réalité. Si on choisit d’aller dans cette direction-là, si on commence à se dire « on arrête maintenant de jouer à salir le lieu où l’on habite et on va fonctionner en bonne intelligence avec l’ensemble du monde du vivant ».

Est-ce que vous avez pu concrétiser certaines de vos idées dans votre travail d’architecte ?

Il y a plus de 40 ans, j’ai réalisé dans une forêt, dans les environs de Bruxelles, un des tout premiers bâtiments autonome, écologique, d’Europe, la maison Oréjona qui fonctionnait à partir du soleil, du vent, de l’eau de pluie, avec un potager, etc. Elle utilisait un des tout premiers capteurs solaires. Ses meubles ont été conçus à partir de dosses de hêtre, même le téléphone !

Par ailleurs, ici, à la Saline, on m’a proposé tout récemment un jardin dans lequel je peux faire des expériences d’habitat à partir de tout ce qu’on peut trouver dans le vivant et dans les environs immédiats, une architecture étant toujours induite par ce qui se trouve dans son terroir (le sol, le sous-sol, le climat, l’agriculture, les gens…). Avec Evelyne Adam, nous avons construit une kerterre, c’est-à-dire une habitation à partir de chanvre, de chaux, de paille, de bambou et de sable. L’habitation est tout à fait saine, respirante et appartient complètement à son environnement. Elle est faite avec des matériaux très peu chers, c’est une des solutions vers lesquelles on pourra aller.

Cités idéales : Kerterre
Kerterre

Vous avez aussi conçu des moyens de transport…

Concevoir une ville dans concevoir ses moyens de déplacement serait idiot, car ils font partie de ses éléments structurants. Donc je pars de cette même hypothèse : comment est-ce qu’on peut les fabriquer avec nos ressources propres sans épuiser la planète et sans créer un énorme déséquilibre ? Je ne parle que de ressources renouvelables : l’électricité, l’énergie musculaire, un rail électrique… ainsi je montre à quoi pourraient ressembler les véhicules du futur. Il y a différents engins à roue ; un ornithoplane à ailes battantes, inspiré de l’oiseau, et qui comporte des capteurs solaires pour alimenter le moteur; une raie manta qui est un dirigeable gonflé à l’hélium et bat des ailes comme cet animal le fait dans l’eau. Mes modèles sont biomimétiques, ils vont toujours prendre leurs références dans la nature comme ce vélusome qui a la forme d’une feuille.

Vélusome

Voici quelques unes de ses œuvres !

Panoramas et cités végétales

“Ce sont des panoramas de cités existantes qui montrent certaines de nos villes en 2100. Certaines sont restées à peu près intactes, d’autres ont reçu de nouvelles enveloppes pour créer un nouveau contact avec l’extérieur, le climat et le soleil ; elles sont respirantes et vont permettre de mieux se sentir dans un environnement en partie construit et en partie végétal. Une grande partie des toitures sont des promenades vertes.”

Cités végétales : Metz en 2167
Metz en 2167

La cité Lotus

“Elle a été réalisée pour un film sur le lotus, qui montre les propriétés étonnantes de cette feuille. Cette dernière avait déjà donné naissance à des travaux remarquables réalisés dans le Cristal Palace à Londres à partir de l’observation des feuilles de lotus qui sont très grandes, résistantes, conduisent l’eau en leur centre et ont des propriétés hydrophobes. Les fleurs elles-mêmes contiennent un ballon qui se gonfle suivant les réserves que la cité a en gaz méthane, gaz qui est produit par la décomposition des déchets organiques et qui sert à apporter de l’énergie aux cités.”

Cités végétales : La Cité Lotus
La Cité Lotus ©Arc-et-Senans

La Cité tressée

“Comme l’ « habitarbre » des maisons bambous qui peut être réalisé avec ce végétal souple et à la pousse rapide, la cité tressée peut être construite à partir de figuiers étrangleurs (Ficus nymphaeifolia). Elle se situera nécessairement en Amérique du Sud ou en Asie. Ces arbres ont la particularité d’avoir des racines qui se soudent entre elles pour former un maillage excessivement costaud et qui pourrait très bien être la structure de nouvelles formes d’habitation. Les espaces entre les structures seraient refermés par des biotextiles.”

Jardins verticaux

“Ce sont des projets d’aménagement d’espaces résiduels en espace végétal pour redonner dans la ville ce qui nous manque le plus : le vivant. Comment peut-on réintroduire le vivant dans ces lieux minéraux désertés, abandonnés, ces coins cassés où personne n’a envie d’aller.”

Cités végétales : Jardin vertical
Jardin vertical

Chenillard, vélusome, cyclos…

“J’ai imaginé ces différents engins. Avec l’un d’eux, je roule à Bruxelles ; il demande de la force musculaire et électrique. Sa coque est en bois, biosourcé ; elle a absorbé du CO2 au lieu d’en produire. C’est toujours la base de ma réflexion : comment peut-on fonctionner maintenant sans détériorer la planète ni l’environnement ?

Chacun de ces engins a été conçu à partir des notions d’énergie renouvelable (la force musculaire) et de déplacement léger. Plus on est léger, moins on consomme d’énergie et plus on est mobile. La forme est toujours biomimétique, elle s’inspire de la nature. “

Venise “underground”

“C’est Venise au siècle prochain… Nous sommes sous la place Saint-Marc. Une énorme dalle de verre a été construite et sous la place, une nouvelle ville a commencé à naître qui vient en dessous des bâtiments existants, les soutient et les maintient hors de leurs problèmes structurels et aquatiques. C’est une ville bioluminescente et archiborescente, c’est-à-dire qu’une grande partie de ses structures sont des organismes vivants qui ont poussé. La lumière vient en grande partie de la dalle, mais à l’intérieur il y a des matières bioluminescentes comme on peut en trouver dans les massifs coralliens qui permettent d’induire une lumière particulière.”

Venise underground, au siècle prochain

La Cité des Vagues

“Je l’ai imaginée pour un futur très lointain, au moins en l’an 10 000. Elle prend les caractéristiques du lieu dans lequel elle s’implante. Une des erreurs considérables de nos architectures, actuellement, est d’être tout à fait mondialisées. Elles n’ont aucun lien avec le lieu dans lequel elles s’implantent, elles sont interchangeables donc insipides, inodores, incolores. Elles sont banalisées, réduites à un même commun dénominateur simpliste.

On n’a jamais construit comme cela dans l’histoire de l’humanité.

Chaque lieu a donné naissance à une architecture qui est fonction de son climat et de toute une série de choses. Moi,  j’essaie de retrouver les valeurs spécifiques à un lieu. C’est pourquoi la Cité des Vagues trouve son implantation dans un espace balnéaire et elle prend sa géométrie par ses mouvements qu’on trouve aussi bien dans l’eau que dans le sable. C’est à partir de cette sensation et de cette compréhension que j’ai bâti un concept d’habitation biomimétique, complètement intégré à l’environnement.”

La Cité des Vagues

Pour mieux comprendre l’œuvre de Luc Schuiten, il est possible d’acheter ses deux livres sur internet “Vers une cité végétale” et “Archiborescence” parus chez Mardaga (29 euros chacun). Et s’offrir le portfolio et sa vingtaine de Panoramas reproduits sur très beau papier (48 euros).

Toutes les photos d’œuvres illustrant cet article ont été réalisées par commodité et à titre exceptionnel, par Valérie Collet, dans le cadre de l’exposition. Nous remercions vivement Luc Schuiten pour son aimable autorisation.

Source : https://magazine.hortus-focus.fr

Publié par : La société solidaire et durable-Club de pensée citoyen | septembre 22, 2020

Mgr Duffé: «La crise actuelle montre l’urgence d’une conversion écologique» !


Chers lecteurs,

Cinq ans après la parution de l’encylique Laudato Si du Pape François, le secrétaire du dicastère pour le Service du développement humain intégral revient sur le document publié ce jeudi par plusieurs dicastères du Saint-Siège pour mettre en œuvre l’écologie intégrale proposée par le Saint-Père. Vous pouvez le télécharger en cliquant sur le lien ci-contre : En chemin pour la sauvegarde de la maison commune – 5 ans après Laudato Si.

Entretien réalisé par Hélène Destombes – Cité du Vatican 

Un document inter-dicastériel qui a été rédigé avant la pandémie de Covid-19, mais qui prend un relief tout particulier avec la crise sanitaire. Une crise qui par son acuité et les interrogations qu’elle suscite met en relief la pertinence de Laudato Si’ et en rappelle toute l’actualité.

Pour affronter les nombreux défis du monde contemporain, le Saint-Siège a souhaité rappeler, en publiant ce nouveau document, l’urgence d’une conversion écologique et d’un passage à l’action.

Une crise du modèle de développement

Nous avons recueillis le témoignage de Mgr Bruno-Marie Duffé, secrétaire du dicastère pour le Service du développement humain intégral qui revient sur le sens de ce document et les principales propositions. Selon lui, «cette expérience de la crise sanitaire amplifie la crise écologique et la crise économique dans laquelle nous sommes, qui est fondamentalement une crise du modèle de développement et de croissance». 

Mgr Duffé : « La fin du monde a quelque chose à voir avec les fins de mois »

Mgr Duffé explique combien la pandémie nous rappelle la fragilité de nos modèles de développement et combien cette conversion à une écologie intégrale est plus que jamais d’actualité. Le « manuel d’application » que représente le document « Sur le chemin du soin de la maison commune » liste aussi les lieux et les domaines d’application où cette éducation à l’écologie intégrale doit s’amorcer: la famille, la jeunesse, l’éducation des jeunes générations mais aussi la catéchèse et le domaine de la communication.

Pour Mgr Duffé, le principal frein à la mise en œuvre d’une véritable écologie intégrale réside dans la difficulté de passer de l’intention morale à la décision politique. Cela a pu se vérifier, souligne t-il lors des conférences internationales de l’ONU sur le climat (les COP). «Comment traduire en politique les intentions et les visées morales de Laudato Si’?», demande t-il. À cela il met en évidence deux freins majeurs: la difficulté pour les décideurs de penser dans le long-terme et celle de convaincre les financiers que les investissements pour sauvegarder la Création valent la peine. 

Dialoguer et partager les connaissances 

Parmi les outils proposés par le Saint-Siège, «le premier est le dialogue citoyen», explique le secrétaire du dicastère pour le Service du développement humain intégral, les crises montrent que les citoyens ont quelque chose à dire aux spéclialistes scientifiques et réciproquement». Le deuxième outil est le partage de nos connaissances, «une logique où l’on se réjouit de partager ce que l’on sait et ce que l’on a». Mgr Duffére vient aussi sur l’importance d’encourager les projets concrets de transition et de conversion écologique, comme le mouvement « Cuidadores de la Casa Común » (les soignants de la Maison commune), né en Argentine dans la dynamique de Laudato Si’.  

Mgr Duffé rappelle enfin que le document du Vatican s’adresse aussi bien aux décideurs qu’aux pasteurs. Évêques, prêtres mais aussi laïcs viennent régulièrement vers le dicastère pour le service du développement humain intégral pour demander des outils les aidant à animer et promouvoir le débat autour de l’écologie intégrale. «C’est un peu une petite caisse à outils que l’on peut emporter chez soi et utiliser par exemple pour une campagne de Carême ou animer un groupe de travail d’un conseil diocésain de la solidarité» explique Mgr Duffé. En bref: un véritable outil pédagogique pour soutenir des initiatives locales. 

Source : https://www.vaticannews.va

Publié par : La société solidaire et durable-Club de pensée citoyen | septembre 22, 2020

Potagers solidaires : face à la crise, Nantes expérimente la culture de légumes !


Chers lecteurs,

Les jardiniers municipaux cultivent 10 000 plants de légumes pour aider les foyers les plus fragiles. L’objectif de cette expérimentation baptisée « Paysages nourriciers » ? Approvisionner gratuitement les familles nantaises frappées par la crise économique et sociale liée au Covid-19.

Cultiver des patates, des tomates et des courgettes dans les parcs et jardins, sur des places, à la mairie ou dans les douves du château, à des fins solidaires  ? C’est l’idée lancée par la Ville de Nantes pour approvisionner en légumes frais et locaux les habitants fragilisés par la crise économique et sociale liée à l’épidémie de Covid-19.

Baptisé « Paysages nourriciers », le projet a germé dans la tête des agents du Service des espaces verts et de l’environnement (Seve) et du Centre communal d’action sociale  (CCAS), inquiets des répercussions de l’arrêt brutal des activités économiques sur les populations vulnérables et de l’impact sur leur santé. « La crise a précipité de nombreux foyers dans la précarité : perte d’emploi, de salaire, détresse sociale et alimentaire… Les associations d’aide alimentaire, qui voient affluer de plus en plus de familles n’ayant plus les moyens de se nourrir et d’accéder à une alimentation saine et de qualité, tirent la sonnette d’alarme », explique Johanna Rolland, maire de Nantes.

Depuis le confinement, la Banque alimentaire a fourni de nombreuses associations en produits frais et secs. De mars à mai, la Croix-Rouge, le Secours populaire, les Restos du cœur, le Diaconat protestant mais aussi les associations partenaires de Nantes Entraide ont distribué plusieurs milliers de colis alimentaires aux Nantaises et aux Nantais les plus vulnérables. Dans le même temps, la demande de fruits et légumes locaux a explosé, réduisant les surplus de légumes habituellement distribués aux associations d’entraide. « Le service public doit se réinterroger et s’adapter pour lutter, à son échelle, contre cette précarité alimentaire qui risque de durer dès lors que la conjoncture économique se grippe», souligne le maire de Nantes.

« Ces paysages nourriciers ont aussi une vertu pédagogique : suivre l’évolution des cultures, rappeler à quelle saison chaque légume se ramasse, les récolter de manière participative, les redécouvrir et apprendre à les cuisiner pour une alimentation saine, de qualité et locale. À partir des plants et graines semés grâce au soin des jardiniers, et une météo favorable, 25 tonnes de légumes ultra locaux pourront alimenter les Nantais d’ici cet automne. » Johanna Rolland, maire de Nantes.

Une tonne de pommes de terre et des sillons entiers de courges ont été plantés à la pépinière municipale, avec l’aide des bénévoles de l’association EmpowerNantes.
Une tonne de pommes de terre et des sillons entiers de courges ont été plantés à la pépinière municipale, avec l’aide des bénévoles de l’association EmpowerNantes.

50 sites de production dans toute la ville

Deux parcelles d’1,8 hectares de la pépinière municipale ont été retournées début juin. Semées et plantées avec l’aide des bénévoles de l’association EmpowerNantes et de jeunes agriculteurs, elles fourniront d’ici l’automne une tonne de pommes de terre, 500 courges et des sillons entiers de haricots secs. Des légumes de saison pour l’été (tomates, courgettes, bettes à carde, betteraves et choux variés) et pour l’hiver (patates douces, courges, haricots et maïs) vont également pousser dans les massifs de fleurs des parcs et jardins nantais et dans certains espaces verts appartenant à la Ville : cours Cambronne, place Mangin, à Port-Boyer, mail Pablo-Picasso, école Lucie-Aubrac, Cité des congrès, jardins de l’Hôtel de ville, centre Accoord de la Meta à Bellevue, parcs de la Crapaudine et de la Gaudinière…

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Au total, 50 lieux de production disséminés dans les 11 quartiers de Nantes accueillent ces potagers solidaires. Paille, compost et plants potagers ont été livrés aux quatre coins de la ville et les plantations réalisées du 15 au 19 juin 2020. Tout est naturel et ultra-local, sans aucun pesticide, garantit le Seve qui s’est fait conseiller par quatre spécialistes français de la permaculture pour mener à bien cette opération solidaire inédite de culture de légumes. Les plants de pommes de terre (bio) viennent de Parthenay, les plants potagers des pépinières Renaud de Vertou, la paille d’un Gaec de Carquefou… Pour planter les pommes de terre, les jardiniers municipaux ont reçu l’appui de deux jeunes agriculteurs urbains.

25 tonnes de légumes solidaires

À la fois beaux pour les promeneurs et utiles pour les plus fragiles, ces «Paysages nourriciers» représentent plus de 25 000 mètres carrés cultivés au total. Les jardiniers municipaux prévoient d’y récolter 25 tonnes de légumes frais pour participer à l’immense effort de solidarité déployé collectivement sur le territoire par les habitants et les acteurs. Ainsi, environ 1 000 foyers pourraient recevoir environ 25 kg de légumes chacun, au fil des récoltes saisonnières. Selon les variétés, les légumes seront récoltés entre juillet et octobre, avec le soutien des habitants volontaires et de bénévoles d’associations nantaises.

 « Selon l’évolution de l’épidémie, nous proposerons des récoltes participatives », précise le Seve. Les paniers seront ensuite distribués gratuitement aux familles qui en ont besoin par le biais d’associations de quartier et d’aide alimentaire (notamment la Banque alimentaire, les Restos du cœur, le Secours populaire). Les modalités de distribution seront précisées directement aux familles concernées. Plusieurs jardins partagés s’engagent également à offrir leurs surplus de légumes. L’occasion pour les Nantais qui le souhaitent de mettre les mains à la terre pour que la récolte profite à tous ceux qui en ont besoin.

Source : https://metropole.nantes.fr

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