Publié par : La société solidaire et durable | décembre 10, 2012

Doha, l’échappée belle !


Chers lecteurs,

Les négociations internationales sur le changement climatique des Nations Unies ont pris fin avec un jour de retard ce samedi 8 décembre en fin de journée. Les dernières heures de négociations ont été rudes, et ont abouti de manière théâtrale à un accord a minima.

Doha, l'échappée belle

Protocole de Kyoto : l’acte II est lancé

La première période d’engagement du Protocole de Kyoto, seul outil juridiquement contraignant à ce jour en termes de réduction de gaz à effet de serre (GES) au niveau mondial, prend fin au 31 décembre 2012. La mise en œuvre d’une deuxième période d’engagement était un des sujets majeurs de la conférence de Doha : elle sera effective au 1er janvier 2013, comme le recommandait la France, et d’une durée de huit ans. Mais elle ne concerne malheureusement que 15% des émissions de GES mondiales, puisque seuls quelques pays s’y sont engagés : l’Union Européenne, la Croatie, l’Islande et huit autres pays industrialisés tels que l’Australie, la Norvège et la Suisse. D’ici 2014 au plus tard, ces pays devront définir de nouveaux objectifs chiffrés de réduction de GES à échéance 2020. S’ils suivent les recommandations scientifiques permettant de limiter le réchauffement climatique en deçà des +2°C, ces objectifs devront se situer en -25% et -40%.

Air chaud : le sujet de la discorde

« L’air chaud » est un des héritages du Protocole de Kyoto. Lorsque les pays industrialisés prenaient des engagements chiffrés en termes de réduction d’émissions de GES, ils recevaient des « unités de quantité attribuée » (UQA). Chaque unité correspond à une tonne équivalent C02 qu’ils avaient le droit d’émettre. Les pays de l’ex-bloc soviétique ont reçu à l’époque une importante quantité d’UQA, qu’ils n’ont pas utilisé pour émettre, principalement parce que leurs économies se sont effondrées.Une formidable aubaine, puisque les pays n’utilisant pas leurs UQA ont le droit de les revendre à d’autres Etats qui souhaiteraient émettre plus que prévu. Actuellement, ces surplus de quotas représentent 13 milliards de tonnes équivalent CO2 : une quantité considérable quand on sait que les émissions mondiales annuelles s’élèvent à 50 milliards. De fait, ce surplus de quotas d’émissions ne contribue en rien à réduire les émissions de GES : si on peut revendre à d’autres ses quotas non utilisés, alors il n’y a pas en soit de possibilité de réduction globale des émissions. Nombreux pays, tels que ceux faisant partie de l’Alliance des petites îles (AOSIS) ont demandé à Doha à ce que les surplus d’UQA de Kyoto 1 soient réduits dans le cadre de Kyoto 2. Ils se sont ainsi confrontés à des Etats souhaitant conserver leurs surplus de quotas, tels que la Pologne, qui en possède 800 millions, l’Ukraine (2,6 milliards) ou la Russie (5,8 milliards).

Le résultat de la négociation a statué sur le fait que ces crédits de carbone excédentaires resteraient bien intégrés dans Kyoto 2. Mais une annexe regroupe des déclarations politiques de plusieurs pays s’engageant à ne pas acheter ces quotas excédentaires pour assurer leur engagement de deuxième période. Il s’agit de six pays engagés dans Kyoto 2 (UE, Australie, Lichtenstein, Monaco, Norvège et Suisse) et du Japon.

Les financements aux pays du sud attendront encore

Lors de la conférence de Copenhague en 2009, des « financements précoces » d’un montant de 30 milliards de dollars entre 2010 et 2012 ont été mis en place pour aider les pays du sud à faire face aux premiers impacts des changements climatiques. Il était également entendu que ces financements seraient portés à hauteur de 100 milliards de dollars en 2020. Mais dans l’intervalle, aucune somme n’était engagée : les pays du sud réclamaient donc à Doha 60 milliards de dollars sur la période 2013-2015.  Mais l’accord de Doha est décevant : il « presse » les pays développés à annoncer de nouvelles aides financières « quand les circonstances financières le permettront », et ils devront soumettre, lors de la conférence de 2013 à Varsovie, « les informations sur leurs stratégies pour mobiliser des fonds afin d’arriver à 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 ». Le Fonds Vert pour le Climat reste donc désespérément vide.

Les prémisses du nouvel accord de 2015

Dernier sujet majeur de Doha : la construction d’un nouvel accord mondial sur le climat d’ici 2015. Les avancées sont maigres, mais les premières bases minimales sont posées : le nouvel accord mondial devra avoir une « force juridique » selon le texte de Doha, et entrer en vigueur en 2020. Il aura bien pour objectif de parvenir à limiter la hausse de la température moyenne mondiale à +2°C. Il concernera tous les pays du monde, mais reposera sur des « responsabilités différenciées » en termes d’émissions de GES. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon devrait réunir les dirigeants mondiaux en 2014 pour traiter de cette question, en vue d’une ébauche de texte d’ici mai 2015.

La Fondation Nicolas Hulot rappelle que l’urgence climatique nous presse à trouver des solutions dans les plus brefs délais. S’il est bénéfique que le processus de négociations internationales ait été préservé malgré un climat tendu, il n’en demeure pas moins que le temps nous est compté. La France, tout comme l’ensemble des pays du monde, ne doit pas attendre un accord global contraignant pour agir : nos politiques énergétiques, de mobilité, d’aménagement du territoire, doivent contribuer à la réduction de nos émissions de GES de manière très ambitieuse.

Source : La Fondation Nicolas Hulot

En savoir plus

> Le climat a besoin d’engagements forts à Doha – 04/12/12

> 190 pays réunis à Doha sur le dossier brûlant du climat – 27/11/12

> Faut-il vraiment sauver le protocole de Kyoto ? – 05/12/11


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