Publié par : La société solidaire et durable-Club de pensée citoyen | mars 28, 2013

Que sont les Think Tanks et défendent-ils toujours les intérêts du peuple ?


Chers lecteurs,

J’aimerais parler avec vous aujourd’hui d’un sujet qui a mes yeux semble capital, il s’agit du développement récent des Think Tanks en France mais aussi dans le monde et de leur influence sur la politique.

Mais tout d’abord qu’est ce qu’un Think Tank ?

Un think tank ou laboratoire d’idées est une institution de droit privé, en principe indépendante des partis, à but non lucratif, regroupant des experts, et qui produit des études et des propositions dans le domaine des politiques publiques. Alors qu’un laboratoire d’idées réunit des professionnels au sein d’une structure formalisée et produit de façon systématique des études et des rapports, un club ou cercle de réflexion est beaucoup moins formel. Il réunit, souvent autour d’un homme politique ou d’un parti, des personnes de bonne volonté désirant réfléchir sur une base non professionnelle à des problèmes relevant des politiques publiques. Think tank est aussi nommé brain box ou think factory en anglais. En 2010, il y avait 6 480 think tanks3 dans le monde. La création de think tanks a été très forte de la fin des années 1960 au début des années 2000. Au plus fort de la croissance, vers les années 1996, il se créait dans le monde près de 150 think tanks par an. Depuis, la création a fortement ralenti. Les États-Unis restent le pays qui compte le plus de think tanks, suivi depuis quelques années par la Chine.

Généralités

Leur rôle

Pour Peter Singer, les think tanks font un lien — il utilise la métaphore de la chaîne de bicyclette — entre le monde de la recherche et le monde politique, et apportent une rigueur académique à l’étude des problèmes contemporains. Pour James McGann, directeur du Think Tanks and Civil Societies Program à l’université de Pennsylvanie et éditeur du classement mondial des think tanks, ceux-ci « aident à mettre au point les agendas politiques et dressent des ponts entre le savoir et le pouvoir ». Aussi, si certains think tanks sont uniquement centrés sur la recherche et la diffusion de documents de travail, d’autres ajoutent à cette fonction une activité de club, c’est-à-dire qu’ils ont des adhérents dans la société civile, pour lesquels sont organisés des colloques, des séminaires et des réunions. Cette activité est particulièrement développée au Council on Foreign Relations et à la Fabian Society.

Pour Richard N. Haass les think tanks contribuent de cinq façons à la politique publique :

– ils « génèrent des idées originales et des options politiques » ;

– ils « fournissent un réservoir d’experts prêts à être employés par le gouvernement ». Aux États-Unis, les think tanks contribuent à la circulation des élites, par exemple en servant de réservoirs de talents ou en permettant aux membres d’une administration d’intégrer une structure et de préparer leur retour lorsque leur parti n’est plus au pouvoir ;

– ils constituent « un lieu où les décideurs peuvent débattre d’idées et tester de nouvelles approches ». Par exemple, Chatham House organise de nombreux débats sous les règles dites de Chatham House, qui permettent la confidentialité des échanges. Cette pratique a été reprise par de nombreux think tanks ;

– ils ont un rôle pédagogique tant au niveau des élites que des citoyens, et contribuent à éclairer le débat public. Certains think tanks ne sont guère intéressés par le grand public et préfèrent se centrer sur les décideurs, mais d’autres, au contraire, vont viser le grand public. Les think tanks « reaganiens » ou « thatcheriens », au départ considérés comme hors du « cercle de la raison », ont ciblé le grand public et ont également servi de support à l’émergence d’un groupe de dirigeants conservateurs ;

– les think tanks consacrés aux Relations internationales peuvent « compléter les efforts officiels pour résoudre les conflits ».

Les think tanks ne visent pas seulement à réaliser des études originales. Un de leurs principaux objectifs est d’adapter les idées existantes aux « besoins et contraintes du monde politique ».

Les Typologies

Carol Weiss distingue quatre variétés de think tank :

– des « universités sans étudiants », comme la Fondation Carnegie pour la Paix Internationale ou l’IFRI en France. Ils emploient des chercheurs en général titulaires de doctorats et ont à cœur de réaliser des études dotées d’une rigueur académique ;

– des think tanks travaillant principalement grâce à des études commandées par les institutions publiques telle la RAND Corporation ;

– des advocacy think tanks (en français, on pourrait parler de « think tanks dévoués à une cause »). Ils produisent des études et promeuvent des idées en lien avec les valeurs qu’ils veulent défendre ;

– les think tanks liés aux partis politiques. En général, malgré tout, ils essaient de garder une certaine autonomie de façon à préserver la qualité des recherches.

L’historique

Jusqu’à la crise de 1973

La Fabian Society, créée à Londres en 1884 pour promouvoir des réformes sociales, est considérée comme le plus ancien think tank. Viennent ensuite la Carnegie Endowment for International Peace (1910), créée par l’Institut économique de Kiel (Allemagne, 1914), et enfin l’Institute for Government Research qui deviendra la Brookings Institution (1916). La fin de la Première Guerre mondiale voit l’émergence de deux think tanks consacrés aux relations internationales : Chatham House (1920) et le Council of Foreign Relations (1921).

La Seconde Guerre mondiale et l’immédiat après-guerre vont voir l’émergence de nombreux think tanks : American Enterprise Institute (1943), Rand Corporation (1946), Société du Mont-Pèlerin (1947), Institute of Economic Affairs (1955), Hudson Institute (1961). Et c’est en Allemagne qu’entre 1945 et 1975 apparaissent 40 % des think tanks.

De 1973 à nos jours

Depuis 1973, on assiste dans les pays anglo-saxons à une montée en puissance de think tanks proches de Reagan et de Thatcher : Heritage Foundation, Cato Institute, Adam Smith Institute (qui aurait été destiné « à contrer les idéaux keynésiens »). Les think tanks vont d’une certaine façon suivre et amplifier les divergences idéologiques qui commencent à se creuser dans ces pays. En réaction, des think tanks plus progressistes vont être créés, tel l’Institute for Public Policy Research. Néanmoins, durant cette période, ce sont plutôt les think tanks conservateurs qui vont être les plus influents et donner le ton. Au niveau de la politique internationale, le Project for the New American Century, créé en 1977, aura une forte influence sur le président George W. Bush, notamment dans sa politique irakienne.

En France, le monopole de l’appareil d’État sur l’expertise et la pensée a longtemps gêné le développement d’une pensée indépendante de l’État. La création de l’IFRI en 1979 va marquer un tournant, alors que, parallèlement, la nécessité d’une réflexion et d’une pensée issues de la société civile se fait jour, et que l’idée que « la France perd la bataille de la diplomatie intellectuelle en Europe » devient plus prégnante. Aussi, les années 1990-2000 voient-elles la création de nombreux think tanks comme l’Institut Montaigne (2000), La République des idées (2002), Fondapol (2004) ; précédés par la Fondation pour la Recherche Stratégique, (1992), l’Institut de relations internationales et stratégiques, Notre Europe (1996) et EuropaNova (2002).

Cette montée en puissance des think tanks en France n’est pas isolée. En règle générale, la chute du mur de Berlin voit l’éclosion de nombreux think tanks, notamment dans les anciens pays communistes. Aux États-Unis, les démocrates et les libéraux, qui ont l’impression d’avoir en partie perdu la bataille des idées, vont étudier les moyens de renforcer les think tanks proches d’eux-mêmes et de mieux les financer, de façon à refaire leur retard. En fait, aux États-Unis, les liberals classés à gauche sont alors puissants dans les universités, mais leurs think tanks ont pris du retard.

Les think tanks dans quelques pays

États-Unis

Les États-Unis sont le pays qui compte le plus de think tanks ; c’est même de ce pays qu’est venue l’expression de lobby pour les désigner. La capitale, Washington, compte 393 think tanks (un cinquième du total). Pour Peter Singer, cette ville est d’une certaine façon celle de « l’industrie des idées ». Les think tanks sont particulièrement nombreux sur Massachusetts Avenue, avec notamment la Brookings Institution (au sommet du classement depuis plusieurs années) et le Carnegie Endowment for International Peace.

Les think tanks ont une influence assez forte. L’idée du plan Marshall vient de travaux de la Brookings Institution. L’Heritage Foundation, à travers notamment son Mandate for Leadership, a dressé les contours des politiques mises en œuvre par le président Reagan. Plus récemment, certains think tanks ont soutenu la guerre en Irak, tandis que d’autres, quand la situation s’est dégradée, ont conçu entre 2004 et 2006 la politique alternative qui a été adoptée dans un second temps.

Si ce pays compte des think tanks conservateurs tel l’Heritage Foundation, il compte aussi des think tanks progressistes comme le Center for American Progress (créé en 2003) pour jouer, côté démocrate, un rôle similaire à celui de l’Heritage Foundation. À côté de ces think tanks engagés, le Council on Foreign Relations, la Brookings Institution et la Rand Corporation se veulent non-partisans. Parmi les autres think tanks influents, on peut citer également le Project for the New American Century, le Cato Institute (libertarien), la Hoover Institution, la Brookings Institution, la RAND Corporation, le German Marshall Fund of the United States ou encore l’American Enterprise Institute.

Il est à noter que souvent les think tanks servent de vivier pour les administrations américaines et, parfois, de base de repli en cas de changement politique ; les critiques concernant cette pratique parlent de revolving doors. Plus de 60 % des secrétaires d’État assistants du ministère américain des Affaires étrangères (State Departement) sont issus des think tanks.

Grande-Bretagne

La Grande-Bretagne compte en 2010 environ 278 think tanks. Le pays compte cinq think tanks classés dans le top 25 mondial : Chatham House (quatrième), Amnesty International (cinquième), International Institute for Strategic Studies (quatorzième), Human Rights Watch (seizième), Adam Smith Institute (dix-neuvième). Le Royaume-Uni est particulièrement bien placé dans le domaine des think tanks concernant la « bonne gouvernance » et la « transparence » avec Transparency International (premier dans le domaine), Amnesty International (second), Human Rights Watch (troisième), Oxford Council on Good Governance (huitième), le Mo Ibrahim Foundation (onzième), Taxpayers Alliance (douzième). Le pays compte également trois think tanks de rang mondial au niveau environnemental avec Chatham House, l’International Institute for Environment and Development et E3G, Third Generation Environmentalisme. Le Royaume-Uni compte aussi un think tank de niveau mondial dans le secteur des sciences et technologiesavec le Science and Technology Policy Research. Le pays a également trois think tanks affiliés à un parti politique de niveau mondial avec le Centre for Policy Studies, Demos et la Fabian Society. Dans le domaine de la sécurité et des relations internationales, la Grande-Bretagne compte quatre des 25 meilleurs think tanks : International Institute for Strategic Studies (sixième), Chatham House (huitième), Human Rights Watch (douzième), ainsi que European Council on Foreign Relations (dix-septième).

France

Si la France a une longue tradition de clubs et cercles politiques tels que le Club Jean Moulin durant les années 1960, le recours à une expertise professionnelle indépendante des structures de l’État est beaucoup plus récente, puisqu’un des premiers laboratoires d’idées, l’IFRI, a été fondé en 1979. Actuellement, la France en compterait 160, contre 190 en Allemagne, 300 au Royaume-Uni et 1 500 aux États-Unis. Progressivement, les think tanks français se structurent et, depuis 2010, un forum des think tanks est organisé à l’automne sous l’impulsion de la Fondapol et du Club Jade. Il rassemble une quinzaine des principaux think tanks du pays : EuropaNova, la Fondation Copernic, la Fondation Jean-Jaurès, l’Institut Montaigne, Terra Nova…

Fin 2011, alors que le débat sur la place de l’industrie commence à émerger en France, un laboratoire d’idées consacré à l’industrie est créé : La Fabrique de l’Industrie, dont le conseil d’orientation comprend à la fois des représentants patronaux et des syndicalistes.

Si la France a longtemps peu misé sur la production d’idées à travers les think tanks, les choses semblent changer. Le journal Le Monde, en janvier 2011, titre un article « Faut-il son think tank pour gagner la présidentielle ? » Du côté de l’UMP, selon les auteurs de l’article, Jean-François Copé aurait demandé aux think tanks classés à droite de travailler sur trois thèmes structurants : la compétitivité et les trente-cinq heures, la laïcité, la justice sociale. À gauche, les think tanks devraient être auditionnés avant la convention du projet. Toutefois, cet intérêt nouveau des politiques doit être tempéré. Certes, face à la création par le Parti socialiste début 2009 d’un « hub » — c’est-à-dire d’un centre de mutualisation (le Laboratoire des idées)—, l’UMP a créé un Conseil des think tanks et des clubs… Mais il faut noter qu’au moins deux think tanks, l’Institut Montaigne et le think tank européen EuropaNova, ont préféré affirmer leur indépendance et se tenir éloignés de ces structures. Aprés l’élection un Think tank de Gauche, Cartes sur table, semble vouloir peser sur les choix gouvernementaux à travers un programme de 100 propositions, largement reprises par les médias français.

Allemagne

Trois faits méritent d’être soulignés. L’Allemagne (où l’on utilise de préférence l’équivalent allemand Denkfabrik) est bien placée au top 25 des think tanks portant sur la science et la technologie : le Max-Planck-Institut (1er), la Bertelsmann Stiftung (« fondation ») (2e), le Zentrum für Entwicklungsforschung (ZEF). Par ailleurs, elle est en tête également du top 25 des meilleurs think tanks affiliés à un parti politique, avec quatre think tanks — Friedrich Ebert Stiftung (FES), Konrad Adenauer Stiftung (KAS), Heinrich Böll Stiftung, Friedrich Nauman Stiftung (FNS) — dans les cinq premiers mondiaux. Enfin, de façon générale, ce pays est bien placé dans les classements : sept think tanks dans le top 25 d’Europe de l’Ouest, trois dans le top 25 des think tanks de développement international, quatre dans le top 25 des think tanks de l’environnement, trois dans le top 25 des think tanks sur la sécurité et les affaires internationales (la France en a quatre), deux dans le top 25 des think tanks sur l’économie politique domestique (intérieure), un dans le top 25 des think tanks en politique sociale.

Belgique et Union européenne

Bruxelles, siège de la Commission européenne, compte trois institutions à vocation mondiale ou européenne figurant dans le top 25 des meilleurs think tanks mondiaux : International Crisis Group (11e rang), Centre for European Policy Studies (15e rang), et Bruegel (think tank) (18e rang).

Le fait que les institutions européennes aient souvent leur siège à Bruxelles explique aussi que la Belgique compte quatre think tanks affiliés à un parti politique figurant au top 25 mondial : le Centre for European Policy Studies, déjà nommé (8e rang mondial), la Green European Foundation (12e), la Foundation for European Progressive Studies (FEPS) (14e) et l’European Ideas Network (20e). La Belgique a aussi deux institutions dans le top 25 des think tanks en science et technologie : le Lisbon Council for Economic Competitiveness (18e) et l’Institute for the Encouragement of Scientific Research and Innovation of Brussels (ISRIB) (23e).

Les Critiques

L’influence de certains intérêts privés sur les médias, via notamment les think tanks, a été étudiée par Noam Chomsky et Edward Herman dans leur livre La Fabrication du consentement, et théorisée en partie via leur modèle de propagande. L’histoire des think tanks néolibéraux, leur finalité et leurs liens avec les lobbies financiers ont fait l’objet d’une enquête approfondie de Roger Lenglet et Olivier Vilain dans Un pouvoir sous influence : quand les think tanks confisquent la démocratie (Armand Colin, 2011). Pour certains, les laboratoires d’idées sont particulièrement influents dans le réseau des médias pour diffuser le schéma « Peur, incertitude et doute » ; tels The Heartland Institute, le DCI Group et le Hudson Institute, opérant sur la contestation du consensus scientifique produit pour décrire le réchauffement climatique ; les intérêts stratégiques pour l’industrie pétrolière et l’industrie lourde sont en effets considérables concernant la contention de toute législation dans ce domaine.

Par ailleurs, notamment aux États-Unis, la multiplication des think tanks induit une tendance parmi les think tanks les moins établis, ou parmi les plus abondamment pourvus par les groupes financiers : ils sont rendus plus sensibles aux exigences des entreprises et des groupes de pression.

Conclusion

Par conséquent on peut se poser la question à savoir si les Think Tanks sont réellement démocratique et représentent réellement les intérêts du peuple ? Parfois, il semblerait que les Think Tanks qui sont des institutions privées défendent plus des intérêts communs de la société mais souvent ceux ci défendent plus  des intérêts partisans ou voir même leurs propres intérêts en lien parfois avec le peuple c’est vrai mais très souvent non en lien avec le peuple. Si c’est vrai que les Think Tanks sont aussi composés de personnes issu du peuple, est on sûre qu’il représente bien des intérêts du peuple ?

Finalement, on peut se demander si les Think Tanks ne poussent pas à la défense d’intérêts privés plus que d’intérêts communs qui gouverne une société. Même si on veut croire que les libertés individuelles sont plus importantes que les valeurs communes, il est à noter que sans valeurs ou intérêts communs, il ne peut y avoir de société et par la suite de libertés individuelles !

On assiste donc dans ce cas à une société dans laquelle chaque groupe d’influence (associations, partis politiques, think tanks, clubs privés ou publics, sociétés secrètes, sectes et religions…) défend plus ses propres intérêts que les intérêts communs et surtout les valeurs communes d’une société !

A ce juste titre, il serait intéressant à l’avenir de créer une institution apolitique regroupant plusieurs représentants de ces groupes de réflexions divers afin de réfléchir réellement aux valeurs communes d’une nouvelle société plus solidaire et durable dans laquelle l’argent et la science seraient réellement au service de l’homme et de l’environnement.

Cependant comme le dit si bien Alexis de Tocqueville, dans une telle société, il serait important de maintenir tout de même les corps intermédiaires afin que le peuple de cette nouvelle société puisse s’exprimer !

Enfin il ne tiens qu’à nous à établir une telle société plus en harmonie avec l’homme et l’environnement pour la sauvegarde de nos générations futures et de notre Terre !

Source : Wikipedia et réflexion personnelle sur la fin de l’article (dans la partie critiques)


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