Publié par : La société solidaire et durable | novembre 9, 2013

Pourquoi la comète Ison est si exceptionnelle ?


Chers lecteurs,

Alain Doressoundiram, astrophysicien à l’Observatoire de Paris, nous dit tout sur ce qui est annoncé depuis des mois comme l’événement astronomique de l’année.

La comète Ison telle qu'observée le 27 octobre dernier.

La comète Ison, qui s’approche de plus en plus du Soleil, est annoncée depuis plus d’un an comme l’événement astronomique de l’année. Qu’en sera-t-il réellement ? Va-t-elle illuminer le ciel de novembre de mille feux ? Alain Doressoundiram, astrophysicien à l’Observatoire de Paris, spécialiste des petits corps du système solaire, a éclairé la lanterne du Point.fr.

Alain Doressoundiram : Il faut savoir qu’une comète, c’est un noyau de glace mélangée avec de la poussière. Et au fur et à mesure de ses passages répétés autour du Soleil, il se forme à sa surface une sorte de croûte qui fait qu’elle n’est plus active à 100 %. En se réchauffant à proximité de l’astre, la glace (de la glace d’eau pour l’essentiel, mais aussi de la glace de gaz carbonique, de dioxyde de carbone, de méthane, etc.) va se sublimer, c’est-à-dire passer directement de l’état solide à l’état gazeux, emportant au passage des poussières. Toutefois, les plus gros morceaux de roche vont rester et constituer progressivement une croûte de plus en plus épaisse qui va, peu à peu, l’obstruer et empêcher que la glace qui se trouve en dessous ne dégaze. Dans le cas d’Ison, il s’agit d’un corps que l’on ne connaissait pas avant et qui n’est jamais passé à proximité du Soleil. Cette croûte n’existe donc pas encore et elle devrait être active à 100 %. Ainsi pourrait-elle être plus spectaculaire qu’une plus grande comète qui n’aurait plus que 10 % de sa surface active, comme la comète de Halley par exemple. D’autre part, Ison va vraiment s’approcher très près du Soleil, et c’est quelque chose d’assez rare. Le 28 novembre prochain, lorsqu’elle aura atteint son périhélie (point le plus proche du Soleil), elle sera à seulement 1,2 million de kilomètres de la surface de notre étoile. À titre de comparaison, le Soleil lui-même fait 1,4 million de kilomètres de diamètre et la distance Terre-Soleil est d’environ 150 millions de kilomètres. Il s’agit donc d’un frôlement !

Ce sera donc la comète du siècle annoncée ?

Il ne s’agit pas d’une science exacte, et dans cette affaire, il a une part d’effet d’annonce, notamment de la part de la Nasa. En vérité, on ne sait pas comment Ison va se comporter. Il se pourrait qu’elle se désintègre très vite en petits morceaux. C’est arrivé plusieurs fois, car les comètes sont très friables, bien plus que les astéroïdes. Or, le Soleil exerce, par la gravitation, de puissantes forces de marée sur les corps. Pour comprendre, il suffit de penser que, quand la Lune, si petite soit-elle, tourne autour de la Terre, non seulement elle est à l’origine des marées océaniques, mais elle étire également la partie solide de la planète qui s’élève d’environ 30 centimètres. Imaginez cela à l’échelle du Soleil ! C’est ce que nous redoutons le plus, nous scientifiques, qu’elle se disloque avant que l’on puisse l’observer à son périhélie. D’autre part, plus on avance dans le temps, plus les prévisions concernant Ison vont à la baisse. Elle ne sera vraisemblablement pas aussi spectaculaire qu’on le pensait, tout en restant assez exceptionnelle. Sa magnitude, c’est-à-dire la mesure de sa brillance, telle qu’elle a été estimée, a été réduite au moins d’un facteur deux. On pensait à l’origine qu’elle serait d’environ – 8, c’est-à-dire un peu plus faible que celle de la pleine lune (- 12) et plus élevée que celle de la plus brillante des étoiles, Vénus (- 4). À noter que plus le chiffre est négatif, plus l’objet est brillant. Ainsi le soleil a-t-il une magnitude de – 26. Aujourd’hui, on pense que la magnitude d’Ison tournera autour de – 4, comme celle de Vénus en somme.

Comment parvient-on à déterminer la magnitude d‘un tel corps ?

Les chercheurs ne disposent que de quelques modèles inspirés des comètes que l’on connaît déjà pour l’évaluer. Si vous prenez une grosse boule de glace et que vous l’approchez d’une flamme, on peut se dire que tout va fondre et se vaporiser. Mais c’est loin d’être aussi clair que cela. Parfois, il y a des zones qui chauffent moins bien. Parfois, la comète est plus petite que l’on pensait. Parfois, c’est la proportion entre glace et poussières qui n’est pas celle que l’on attendait. Et dès lors que la composition va être légèrement différente, les prévisions vont varier à la baisse ou à la hausse. Car ce n’est évidemment pas la vapeur d’eau qui s’échappe de la comète qui produit la lumière que l’on voit, mais bien la lumière du Soleil qui se réfléchit sur les poussières que la glace entraîne avec elle en se sublimant. Un peu comme dans une salle obscure où on allumerait tout à coup une torche en faisant apparaître des centaines de petits grains de poussière dans le faisceau lumineux.

De quelles données dispose-t-on actuellement sur Ison ?

Le télescope spatial le plus puissant en service actuellement, Hubble, a tenté de l’observer, mais il n’est pas parvenu à déterminer sa taille. Tout ce que l’on sait est qu’elle n’excède pas 4 kilomètres de diamètre. On pense qu’elle mesure entre quelques centaines de mètres et quelques kilomètres. Ce qui n’est pas très précis. Par ailleurs, on sait également, de par sa trajectoire, qu’elle provient du nuage d’Oort, l’un des deux réservoirs de comètes connus, situé aux confins du système solaire, à des milliards de milliards de kilomètres. Il en existe un autre, un peu plus proche, qui forme une sorte de ceinture, la ceinture de Kuiper, juste derrière la lointaine Neptune.

D‘un point de vue scientifique, que peut apporter Ison ?

C’est une aubaine pour les scientifiques, car on va pouvoir exploiter le fait que cette comète s’approche très près du Soleil pour voir dégazer des éléments que l’on n’avait jamais pu voir avant. Parce que, ce que l’on peut voir d’une comète, c’est uniquement les éléments qui sont vaporisés. On espère ainsi observer la sublimation d’éléments réfractaires, comme des métaux, qui ne fondent qu’à très haute température. C’est ce que je prévois moi-même de faire, avec des collègues, depuis un télescope franco-italien basé aux îles Canaries. L’objectif est d’en apprendre plus sur les comètes qui sont la mémoire du système solaire. Car ces corps primitifs sont là depuis bien avant la naissance de la Terre. Ils ont été les témoins de la naissance des planètes. De plus, elles sont très riches en eau et en tout un tas de composés organiques complexes, comme les acides aminés, qui sont à la base de la chimie du vivant. De là vient aussi l’excitation que suscitent les comètes. Il se pourrait bien que ce soient elles qui aient apporté au moins une partie des éléments nécessaires à l’apparition de la vie sur Terre. C’est du moins l’un des scénarios possibles.

Et nous, comment pourrons-nous nous délecter du spectacle s‘il se produit ?

Pour l’observer à l’oeil nu, il faudra s’y prendre quelques jours, voire quelques heures, avant le 28 novembre. Elle sera alors visible à proximité du Soleil, uniquement au moment du coucher et du lever de celui-ci. En ce moment, on peut la voir de nuit, mais sa magnitude est encore faible et on ne peut pas la repérer sans télescope.

Source : Le point


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