Elles ne semblent pas dues aux fluctuations de l’activité solaire, trop faibles pour avoir une telle influence, ni aux émissions humaines de gaz à effet de serre, qui se traduiraient plutôt par un ralentissement constant de la circulation thermohaline. Les chercheurs soupçonnaient plutôt une influence des éruptions volcaniques. Quand elles sont assez importantes, celles-ci projettent dans la haute atmosphère une grande quantité de poussières, qui réfléchissent la lumière du soleil vers l’espace et refroidissent le climat. Ce refroidissement ne dure que deux à trois ans (le temps que les poussières retombent) mais il pourrait faire baisser la température de l’océan en surface, et ainsi influer sur les courants sur une durée bien plus longue.

Pour tester leur hypothèse, les climatologues se sont penchés sur les variations récentes de la salinité à la surface de l’océan, fournies par des mesures et des simulations numériques. La salinité est l’un des moteurs de la circulation thermohaline (terme d’ailleurs forgé sur le mot grec halinos, sel), car plus elle est élevée, plus les eaux de surface deviennent denses et coulent vers le fond. On arrive alors à reconstituer les fluctuations de cette circulation à partir de celles de la salinité.

Les chercheurs ont ainsi montré que chaque éruption majeure déclenche un cycle qui démarre 15 ans plus tard (le temps que le refroidissement du climat affecte les eaux de surface, puis les courants) : la circulation thermohaline accélère alors pendant 10 ans, puis ralentit les 10 années suivantes, avant que le cycle ne recommence. Ces cycles s’amortissent peu à peu et disparaissent en un siècle environ. Ils sont parfois difficiles à détecter car ceux déclenchés par deux éruptions successives peuvent interférer.

Pour confirmer leur existence, les chercheurs ont reconstitué les fluctuations de la circulation thermohaline sur les 1000 dernières années à partir de deux sources : des carottes de glace prélevées au Groënland (on déduit de leur composition chimique la température de l’air, puis celle de la mer proche, qui lui est directement liée) et des quahogs nordiques ramassés en Islande (leur croissance dépend de la température et de l’intensité des courants). Ils ont ainsi mis en évidence des cycles similaires après plusieurs éruptions majeures.

Notons cependant que les éruptions les plus importantes ont des effets différents : celle du Tambora (un volcan indonésien) en 1815, qui aurait projeté dix fois plus de poussières dans l’atmosphère que celle du Pinatubo, a par exemple provoqué un tel refroidissement qu’une couche de glace a recouvert une grande partie de l’Atlantique Nord.

La perturbation des courants océaniques par les volcans n’est pas sans conséquence : la circulation thermohaline a de multiples influences climatiques locales, notamment sur les précipitations dans la zone sahélienne, sur les étés en en Europe ou sur les cyclones en Amérique. Mieux comprendre ses variations sera donc une des clefs pour prédire les évolutions du climat.

Source : http://www.pourlascience.fr