Publié par : La société solidaire et durable | juin 30, 2015

Depuis 2007, la Silicon Valley passe au vert !


Chers lecteurs,

Sur fond de réchauffement climatique, le fief de l’Internet vit le boom des énergies renouvelables. Les start-up veulent sauver la planète. Solaire, biocarburants, voitures à hydrogène ou encore efficacité énergétique sont à la base d’un business qui représente plusieurs milliers de milliards de dollars.

« Avec notre nouvelle technologie solaire, on produit déjà de l’électricité au même prix que le nucléaire. Sans danger. Les technologies « vertes » représentent un business de plusieurs milliers de milliards de dollars, alors je vous le dis : nous allons devenir plus gros que Cisco ! » Il en fait des tonnes, Martin Roscheisen. Le très speedé patron de Nanosolar voit déjà sa petite start-up de Palo Alto rivaliser avec le leader mondial des réseaux internet. Cent milliards de dollars de capitalisation. A la tête d’une centaine de personnes dans la banlieue de San Francisco, il en est encore loin. Mais dans leurs laboratoires, ses ingénieurs ont mis au point un film ultramince de cellules photovoltaïques pour réaliser des panneaux solaires à bas prix. Dans ses deux usines, encore en construction en Californie et en Allemagne, Nanosolar s’apprête à en fabriquer deux millions de mètres carrés chaque année. De quoi produire autant d’énergie qu’une centrale nucléaire.

La quarantaine, de fines lunettes glissées sur un regard pétillant, en ancien du boom de l’internet, Martin Roscheisen sait qu’il surfe sur une crête. Celle d’une impressionnante vague verte qui déferle sur la Silicon Valley. Après l’ère des technologies de l’information, voici celle du greentech (technologies vertes) ou du cleantech (technologies propres). Pourtant, lorsqu’en 2002 il crée Nanosolar, seuls les fondateurs de Google acceptent de l’aider. Les grandes firmes de capital-risque, celles qui financèrent les Yahoo, Intel, AOL et autres Amazon, rechignent. Puis, en 2004, la Silicon Valley bascule.

L’an dernier, 725 millions de dollars y ont été investis dans le solaire, l’éolien, les biocarburants, les voitures à hydrogène ou encore l’efficacité énergétique. Trois fois plus qu’en 2005. « Sur l’ensemble du pays, un milliard de dollars a été placé dans le solaire au cours des soixante derniers jours », s’amuse un Roscheisen très sûr de son fait. Certains n’y voient qu’un phénomène passager. Une mode. Une bulle spéculative. « C’est très sérieux, tangible, et c’est devenu tellement fort que c’est vrai qu’il y a une surchauffe. Mais avec la mondialisation de l’économie et la taille de son marché, cette nouvelle industrie est une véritable mine d’or », assure George Basile, conseiller en investissement énergétique à San Francisco.

L’engouement actuel s’explique par la conjonction de différents facteurs : d’abord la hausse des prix du pétrole, une énergie épuisable ; puis la prise de conscience du réchauffement climatique, grâce à l’activisme de l’ex-vice président Al Gore. Tout aussi significatif, le changement d’attitude de multinationales désormais conscientes que l’on peut continuer à faire des affaires tout en sauvant la planète. Ainsi, General Electric n’a jamais vendu autant de turbines pour éoliennes et le géant de la chimie Du Pont multiplie les recherches sur l’éthanol. Quant au pétrolier BP, il vient d’offrir 500 millions de dollars à l’université de Berkley pour créer un Energy Bioscience Institute consacré au développement de tous les biocarburants.

C’est à base d’algues que Jonathan Wolfson et Harrisson Dillon ont développé le leur. Dans leur petite start-up de Menlo Park, Solazyme, flanquée à l’arrière d’un parking, ses copains de lycée aujourd’hui trentenaires exhibent fièrement une fiole remplie d’un curieux liquide verdâtre. « Aujourd’hui on produit des quantités de ce biocarburant et ça marche. Reste à voir si on peut le développer à grande échelle, si c’est rentable économiquement », reconnaît Jonathan, le financier. De son côté, Harrisson, le généticien, garde le mystère sur le mode de fabrication. Pour toutes réponses aux questions, il montre une coupelle garnie d’un bouillon de culture et évoque l’appui du meilleur spécialiste des algues, un professeur de la célèbre université de Stanford distante d’à peine quelques kilomètres.

Mais Solazyme ne s’en cache pas : « On ne fait pas d’argent du tout ! » La société n’a encore rien à vendre et mise sur le futur, en travaillant également dans le cosmétique. Un détail toutefois, alors qu’en 2003 les deux compères s’étaient lancés avec 100.000 dollars, leur capital s’est accru depuis de quinze millions au travers de partenariats conclus avec des sociétés d’énergie. Dont onze reçus au cours des seuls six derniers mois. « On est certains d’arriver à un prix qui pourra rivaliser avec celui de l’essence classique », jure Jonathan.

« Il n’y a pas que l’argent, on croit que cela a du sens de faire quelque chose pour la planète. On est arrivé à un point où on ne peut plus reculer », renchérit Harrisson. Ce sont ces considérations honorables qui semblent encore motiver les principaux investisseurs. Vinod Khosla, ancien fondateur de Sun Microsystems et aujourd’hui directeur de Khosla Ventures, a ainsi financé pas moins de vingt-six start-up touchant au greentech. « Bien sûr que nous sommes intéressés par un retour sur investissement, mais nous sommes un peu différents des autres, explique son conseiller Doug Cameron. D’abord, l’essentiel de nos fonds est constitué par l’argent personnel de Vinod, puis on est un peu plus social puisque l’on investit dans de l’expérimental. Enfin, on donne des conseils. Nous sommes donc plus une société d’assistance que de simples prêteurs. »

Ancien d’Apple, aujourd’hui partenaire d’Allegis Capital, le Français Jean-Louis Gassée, vétéran reconnu de la Silicon Valley, reste sceptique face à cet engouement : « Un certain nombre de dossiers reposent sur de la science, pas sur de la technologie. Or, les « ventures capitalist » investissent sur la technique. De plus, le cleantech va en général à contre-courant des comportements humains. Si on le voulait, sans aucune percée technologique, on pourrait déjà diminuer la consommation américaine d’énergie de 50 %. Et ce n’est pas le cas. » Plaisantant, il estime alors que l’heure de vérité sonnera quand les « salauds » se mettront à leur tour à investir dans le cleantech. Quelques-uns le font déjà. Et scandent « green is good ! » (le vert a du bon !), paraphrasant ainsi le « greed is good ! » (la cupidité a du bon !) des golden boys des années quatre-vingt. Car dans le même temps ils continuent d’investir dans le « noir » : le pétrole.

L’Amérique semble pourtant vivre un tournant, au moins dans les esprits. Pas moins d’une dizaine de magazines proposaient cette semaine une édition « verte ». Avec pour vedette incontestée des couvertures Arnold Schwarzenegger, gouverneur de Californie, qui le premier a fait passer une loi limitant les émissions de gaz carbonique. Trop longtemps la défense de l’environnement a été motivée par la « culpabilité », elle est désormais devenue « cool », martelait-il cette semaine lors d’un colloque à Washington. Et l’acteur de préciser que son très polluant 4×4 Hummer roule désormais à l’hydrogène. Il a même fait l’article de la Tesla, le premier roadster tout électrique, capable de monter à 100 km/h en quatre secondes, qui sera livré à ses propriétaires en fin d’année. Installée dans la Silicon Valley, Tesla Motors a elle aussi un milliardaire de l’internet pour directeur, Elon Musk, fondateur de PayPal.

Non loin de là, à Mountain View, au quartier général de Google, les toits commencent à se recouvrir de panneaux solaires. A terme, neuf mille unités devraient produire 1,6 mégawatt, de quoi alimenter le tiers du complexe. Dans le parking, on ne compte déjà plus les Toyota Prius, cette voiture hybride que s’arrachent les Californiens branchés. Enfin, avant-hier, la municipalité de San Francisco a annoncé la construction prochaine, pour loger ses services, de l’immeuble le plus « vert » des Etats-Unis. Une tour de douze étages surmontée d’éoliennes, flanquée de panneaux solaires, équipée en sous-sol d’un système de recyclage des eaux et dotée de filtres à air.

« C’est un business où l’on se sent bien, je n’avais jamais eu ce sentiment avant et je ne pourrai plus retourner dans une entreprise classique. C’est même encore plus excitant que l’époque des  » point.com  » parce qu’on va sauver le monde », s’enthousiasme Nancy Hartsoch, directrice du marketing de la société d’optique Sol Focus, fondée en 2005. Dans la verdure des hauteurs de Palo Alto, cette mère de famille regarde des techniciens tester leurs derniers panneaux solaires. Ultime étape avant de les livrer à un premier gros client en Espagne. Ceux-là sont faits de miroirs démultipliant cinq cents fois la puissance du soleil, avant qu’une puce transforme cette énergie en électricité. De ces puces qui ont fait la Silicon Valley.

Comme ses prédécesseurs, fabricants d’ordinateurs, Sol Focus peut s’appuyer sur de sérieux spécialistes. Son comité technique est présidé par un Prix Nobel de physique. « Les technologies font la différence, c’est le scénario classique de la Silicon Valley », assène Martin Roscheisen, patron de Nanosolar. Robert Bell, professeur en management à l’université de New York, annonce même dans son livre des bouleversements beaucoup plus spectaculaires*. Pour lui, la fin du pétrole ne sera pas progressive mais précipitée, et des sommes astronomiques seront englouties dans les énergies renouvelables au cours des quatre prochaines années. Celles-ci créeront alors une bulle boursière planétaire. Une bulle verte qui paiera le passage de l’énergie fossile à l’énergie renouvelable. « C’est un boom, pas une bulle, corrige Martin Roscheisen. Le greentech, c’est la prochaine grosse industrie. Une industrie qui créera plus d’emplois que l’automobile. »

* La bulle verte, la ruée vers l’or des énergies renouvelables, Robert Bell, Scali, 2007.

Source : http://www.sortirdunucleaire.org

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