Publié par : La société solidaire et durable | décembre 6, 2015

La Puissance des Pauvres, un livre bouleversant !


Chers lecteurs,

Voici un livre que nous avons décidé de vous présenter, il s’agit de la puissance des pauvres de Majid Rahnema et Jean Robert (Actes Sud, Paris 2008)

Qu’est ce que la pauvreté ?

Contre toute attente, c’est un dialogue qui introduit ce livre. Dialogue entre ces deux hommes dont les voix s’élèvent rapidement contre les chantres du néolibéralisme et toute leur panoplie d’experts internationaux, employés à mettre en oeuvre les programmes de développement dans les pays qu’ils désignent selon leurs propres termes: En voie de développement, émergents ou sous-développés, c’est selon les chiffres.

Les classifications traditionnelles qui définissent la pauvreté à travers des données mathématiques (ex : moins de 1 ou 2 dollars par jour) est absolument impertinente devant les réalités anthropologiques. Nos deux acolytes nous invitent à revoir et revaloriser cette notion en lui apportant des attributs sociologiques et philosophiques trop souvent ignorés. La pauvreté dans laquelle a depuis toujours vécu l’essentiel de l’humanité est une pauvreté conviviale, voire même volontaire [1]. Dans les deux cas, elle s’inscrit dans un monde socialisé où les valeurs, les normes et les croyances s’imbriquent dans une représentation cosmologique harmonieuse, qui réuni directement l’homme à son environnement. Cette représentation constitue l’épistémè des individus chez Foucault [2].

La remise en cause de cet épistémè consentit et équilibré résulte généralement de l’introduction d’êtres et de savoirs-êtres extérieurs, générant des transformations irréversibles voire des destructions au sein même des sociétés vernaculaires. A travers ses techniques et sa logique, la société démocratique industrielle procède à une destruction généralisée de cet épistémè, généralisant une pauvreté d’un autre type : la misère. Concernant les pauvres comme les riches, ce phénomène a pris des proportions inestimables ces dernières décennies. Le développement est un Janus à deux faces…

L’éthique chez Spinoza :

Face à cette constatation nos deux compères s’érigent contre les théories développementistes des deux derniers siècles (qu’elles fussent d’inspiration libérale, socialiste ou communiste) et en appellent à la philosophie, notamment à certains de ses plus éminents représentants : Michel Foucault, Gilles Deleuze et surtout Baruch Spinoza. Ce dernier, le « plus philosophe des philosophes [3]», véritable lumière avant l’heure (il vécut au XVIIème siècle), définissait l’homme selon une dichotomie fondamentale : la Puissance (potencia) et le Pouvoir (protestas). Chaque individu serait en effet doté de ces deux attributs variables en fonction des caractéristiques internes propres à chacun (confiance, éthique…) et externes (ordre, morale….). « La puissance, immanente de chaque individu, est le fruit d’une maîtrise et plénitude intérieure tandis que le pouvoir, d’origine exogène, est l’exercice d’une force d’intervention sur les autres ». Le pouvoir étant bien souvent l’expression d’un manque de puissance. Selon lui, l’homme se doit d’explorer et de renforcer sa puissance intérieure afin de se libérer des émanations malsaines de son pouvoir.

Ce travail s’établissant à travers la construction d’une éthique endogène qui serait bâtie sur un équilibre entre la nécessité et la liberté, autrement dit entre la raison et le désir propre à chacun. C’est donc une société révolutionnaire qui est décrit ici, un ensemble d’individus sans pouvoirs qui se régiraient d’eux-mêmes autour de leur propre raison. L’immanence de leur propre puissance étant le pilier même de leur existence. L’ordre et la morale seraient effacés au profit d’une raison suffisante qui régulerait d’elle-même les effets pernicieux du désir.

La puissance des pauvres

Face au pouvoir aliénant de la société occidentale, nos deux compères parient donc sur la résurgence des puissances des pauvres et défendent un retour à la pauvreté véritable et consentie (comme le prônait Gandhi à son époque [4]) en se restructurant autour des piliers des sociétés vernaculaires. De nombreuses expériences basées sur ces principes sont actuellement en pratique dans divers endroits du monde. Pour ne nommer qu’eux : les néozapatistes du Chiapas, les sans-terres du Brésil, ou encore les indiens du mouvement Janadesh. On ne parle alors ni de révolution, ni d’utopie, mais de désirs révolutionnaires et surtout, de Réalité.

Notes de bas de page :

[1] Voir page 46
[2] Michel Foucault, les mots et les choses, une archéologie des sciences humaines, Paris, 1966, p.179
[3] Gilles Deleuze, Spinoza. Philosophie pratique, Paris, 2003, p.174
[4] Un chapitre du livre est totalement dédié à l’illustre révolutionnaire indien : Ghandi ou la puissance des pauvres, p. 125

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