Publié par : La société solidaire et durable | juin 29, 2016

La révolution transhumaniste ; comment la technomédecine et l’uberisation du monde vont bouleverser nos vies ?


Chers lecteurs,

Depuis des décennies, les philosophes s’interrogent sur les conséquences sociales et culturelles des progrès incessants du génie génétique, qui va bientôt permettre d’augmenter la durée de la vie humaine, d’éradiquer les maladies héréditaires ou encore de sélectionner, dès le stade de l’embryon, des caractéristiques jugées désirables (yeux bleus ? QI élevé ? Haute stature ? Endurance ? Tempérament de chef ? Talent de danseur ?). Dans ce cadre, ils étudient l’émergence, aux Etats-Unis, d’un puissant mouvement scientifique et philosophique, le « transhumanisme », qui milite pour l’amélioration illimitée des facultés physiques et intellectuelles des humains par tous les moyens, génétiques, chimiques, mécaniques, informatiques – une « techno-médecine » qui s’adresserait aux gens bien portants. Dans sa forme ultime, le transhumanisme va jusqu’à préconiser la fusion physique entre les humains et les futurs réseaux d’ordinateurs dotés d’intelligence artificielle.

Parallèlement, des économistes étudient l’impact « disruptif » de l’Internet sur l’organisation du travail et la répartition des richesses – un processus que ses partisans appellent « économie collaborative » et ses détracteurs, « ubérisation de la société », en référence à l’entreprise américaine qui met à mal les compagnies de taxis traditionnelles du monde entier grâce à une application pour smartphones.

Une même infrastructure technique

Dans son dernier ouvrage, le philosophe Luc Ferry, connu du grand public pour avoir été ministre de l’éducation nationale entre 2002 et 2004, se propose d’analyser ces deux révolutions simultanément. Il reconnaît que l’association de « deux questions en apparence fort différentes » peut sembler « curieuse », mais il affirme que, en réalité, les liens entre transhumanisme et ubérisation sont étroits, même s’ils sont « souterrains ».

Selon lui, les deux révolutions, génétique et économique, s’appuient sur la même infrastructure technique : l’Internet, le big data, l’intelligence artificielle, les imprimantes 3D, la robotique, les nanotechnologies… Elles ont aussi le même fondement philosophique : dans les deux cas, il s’agit de donner aux humains la maîtrise de leur destin individuel « dans des pans entiers du réel, qui appartenaient encore naguère à l’ordre de la fatalité ». De même, elles sont sous-tendues par la même idéologie politique – l’ultralibéralisme anglo-saxon « pur et dur » et le techno-capitalisme futuriste, qui veulent « en finir à tout prix avec le poids des traditions ». Enfin, toutes deux sont organisées et financées par les mêmes acteurs : les multinationales de la Silicon Valley, notamment Google, qui s’intéresse à toutes les formes de big data, y compris le patrimoine génétique de l’humanité : le transhumanisme et la Net-économie ont une patrie, l’Amérique.

« Hypercapitalisme » prédateur

Cette transversalité constitue l’originalité principale de l’ouvrage de Luc Ferry, qui, pour le reste, est de facture très classique. L’intention didactique est claire, puisqu’il cite et commente les écrits de divers auteurs de convictions opposées. Cela dit, il injecte massivement ses opinions personnelles. Dans le chapitre consacré au transhumanisme, il fait une distinction entre deux courants. D’une part, un transhumanisme « à visage humain », qu’il juge acceptable : il s’agit selon lui d’un « hyperhumanisme », héritier des philosophes français des Lumières, qui croyaient en la « perfectibilité potentiellement infinie de l’être humain ». D’autre part, il identifie un courant plus extrême, le « posthumanisme », qui prévoit « une hybridation systématique homme-machine », combinant la biologie, la robotique et l’intelligence artificielle – ce qui reviendrait à fabriquer « une tout autre espèce », très éloignée de l’Homo sapiens.Le désir d’immortalité passerait ainsi de la religion à la scienceLà, le pédagogue cède la place au polémiste : pour Luc Ferry, le posthumanisme est « inquiétant », « absurdement réductionniste » et surtout « matérialiste », c’est-à-dire à la fois déterministe et athée. En filigrane, il semble reprocher au transhumanisme, modéré ou radical, de ne faire aucune place à la pensée religieuse européenne traditionnelle.

Quand il passe à l’analyse de l’économie collaborative et des géants de l’Internet, Luc Ferry est moins dans son élément, et moins érudit – visiblement, il est plus à l’aise avec Condorcet qu’avec Sergey Brin. Son argumentaire consiste à réfuter les thèses des nouveaux utopistes de l’Internet, selon lesquels l’économie collaborative va détruire le capitalisme et instaurer une société plus équitable et plus solidaire. Luc Ferry affirme au contraire que les entreprises comme Uber ou Airbnb sont en train de créer un « hypercapitalisme » prédateur, « sauvagement concurrentiel, mercantile et dérégulateur », qui n’apportera ni bonheur ni prospérité.

En conclusion, après des digressions allant de Kant à Sophocle, il préconise, sans surprise, le retour d’un Etat à la fois « éclairé » et « fort », qui sera capable de réguler ces révolutions en trouvant le juste milieu entre l’interdiction brutale et le laisser-faire intégral. Il sait que la partie n’est pas gagnée, car il se lamente à plusieurs reprises sur l’ignorance et l’immobilisme des élites françaises, totalement désarmées face à ces immenses bouleversements.

La Révolution Transhumaniste de Luc Ferry 

Les progrès des techno-sciences sont d’une rapidité inimaginable et l’économie collaborative monte en puissance. Le monde à venir est à la fois enthousiasmant et effrayant. Dans son nouveau best-seller, le philosophe et ancien ministre de l’Éducation nationale, Luc Ferry décrypte, avec des mots simples, la révolution transhumaniste qui se déroule sous nos yeux. Nous vous conseillons de lire ce livre pour en savoir plus sur cette révolution.

La_revolution_transhumaniste

Résumé :

Ne croyez surtout pas qu’il s’agisse de science-fiction : 18 avril 2015, une équipe de généticiens chinois entreprenait d’«améliorer» le génome de quatre-vingt-trois embryons humains.

Jusqu’où ira-t-on dans cette voie ? Sera-t-il possible un jour (bientôt ? déjà ?) d’«augmenter» à volonté tel ou tel trait de caractère de ses enfants, d’éradiquer dans l’embryon les maladies génétiques, voire d’enrayer la vieillesse et la mort en façonnant une nouvelle espèce d’humains «augmentés» ?

Nous n’en sommes pas (tout à fait) là, mais de nombreux centres de recherche «transhumanistes» y travaillent partout dans le monde, avec des financements colossaux en provenance de géants du Web tel Google. Les progrès des technosciences sont d’une rapidité inimaginable, ils échappent encore à toute régulation. En parallèle, cette «infrastructure du monde» qu’est le Web a permis l’apparition d’une économie dite «collaborative», celle que symbolisent des applications comme Uber, Airbnb ou BlaBlaCar.

Selon l’idéologue Jeremy Rifkin, elles annoncent la fin du capitalisme au profit d’un monde de gratuité et de souci de l’autre. N’est-ce pas, tout à l’inverse, vers un hyperlibéralisme, vénal et dérégulateur, que nous nous dirigeons ? Certaines perspectives ouvertes par les innovations technoscientifiques sont enthousiasmantes, d’autres effrayantes. Ce livre cherche d’abord à les faire comprendre, et à réhabiliter l’idéal philosophique de la régulation, une notion désormais vitale, tant du côté de la médecine que de l’économie. » Luc FERRY

Luc Ferry : allons nous vivre 300 ans avec le transhumanisme ?

Discussion autour du livre « La révolution transhumaniste » de Luc Ferry

Les innovations qui vont changer le monde nous rendront-elles plus heureux ?

Gilbert Hottois : Le transhumanisme est il un humanisme ?

 Hottois : visages du trans/posthumanisme à la lumière de la question de l’humanisme

Laurent Alexandre : Le recul de la mort – l’immortalité à brève échéance ?

Laurent Alexandre : La mort de la mort 

Laurent Alexandre : L’homme immortel : fantasme ou réalité ?

Jean-Michel Bernier : Le post-humanisme 1

Jean-Michel Bernier : Le post-humanisme 2

Alain Damasio : très humain plutôt que transhumain ! 

Source : LeMonde.fr / Plon et youtube

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