Publié par : La société solidaire et durable | juin 17, 2018

On a 20 ans pour changer le monde, au coeur de nos campagnes !


Chers lecteurs,

Réalisé par Hélène Médigue, le film qui est sortie en salle le mercredi 11 avril est une fenêtre sur un monde que certain.e.s veulent changer par la voie des champs. Ses protagonistes font preuve d’une énergie communicative rare qui bouscule les habitudes pour convaincre et embarquer avec eux le plus grand nombre d’acteurs possible.

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Mise à nue

Le premier plan s’ouvre sur une vaste plaine. Une terre mise à nue : peu de haies, peu de vie. Ici, la terre est comme de la pierre – dure, quasi-minérale et presque inerte. C’est un « huitième continent qui se dessine sous nos pieds« , comme l’explique peu de temps après le paysan-permaculteur, auteur et formateur Xavier Mathias. A voir le couple Lydia et Claude Bourguignon (du laboratoire d’analyse microbiologique des sols) creuser difficilement dedans pour en analyser la teneur, on prend déjà la mesure du temps : « Les sols sont fertilisés mais ils ne sont plus fertiles, la profession agricole a décapitalisé » souligne l’expert en qualité des sols, qui avec sa femme, depuis des années, sensibilise au besoin de garder les terres en vie.

Parce qu’elles seraient mortes ? Avec le temps oui. Le temps passé à les saturer de produits chimiques et à les labourer à la force du tracteur les a épuisées. Pire, « c’est une campagne déshumanisée », déplore Xavier Mathias, bien conscient du chantier nécessaire pour inverser la vapeur. A ses côtés, Maxime de Rostolan, fondateur de l’association Fermes d’Avenir (dont je vous parlais déjà ici en octobre 2016) confie LE chiffre clef qui lui a fait quitter la vie urbaine pour se lancer à corps (et à coeur) dévolus dans la vie paysanne : « on a divisé par 25 notre efficacité énergétique pour faire de l’agriculture, comment est-ce possible !? » interroge-t-il face caméra, de cet air candide qui partout l’accompagne, du haut de sa carrure, pour questionner et convaincre les grands de ce monde de mettre fin à « cet état de faillite programmée ».

L’ancien ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll, le militant puis ministre de la transition écologique Nicolas Hulot, le candidat Emmanuel Macron (alors « en mâche » pendant sa campagne, comme plaisantent les membres de Ferme d’Avenir) font partie des personnalités que l’équipe va rencontrer, tour à tour, pour tenter de convaincre de la nécessité de faire évoluer les pratiques agricoles, d’innover en mettant en place d’autres systèmes de production, d’autres modèles économiques. Des rencontres qui donnent aussi le « la » du temps très vite : « le temps long n’est pas intégrable dans le débat politique aujourd’hui, l’immédiat nous plombe au quotidien, l’actualité et les contraintes nous rattrapent« , avoue tout de go Stéphane Le Foll, au début du film…

20 ans

A l’assaut des pouvoir publics – Image extraite du film « On a 20 ans pour changer le monde », d’Hélène Médigue

Histoire d’une désynchronisation

Alors que le film distille habillement des chiffres symboliques (on apprend notamment que la production nationale a chuté en volume et en 15 ans, de 12 % pour les légumes et 26 % pour les fruits; ou que le suicide est la troisième cause de décès chez les agriculteurs exploitants, un suicide tous les 2 jours – soit 20 % supérieur à la moyenne nationale), des séquences aussi drôles que poétiques le parcourent également, tel cet échange avec le célèbre botaniste Françis Hallé, qui émet de « doutes sérieux sur l’être humain en tant qu’espèce zoologique » et déplore que nous ne fassions « que des conneries« , avant de se faire hisser en haut d’un arbre, seul lieu où il se sente véritablement apaisé dans ce monde…

Au fur et à mesure, ces paysans s’apparentent à des abeilles ouvrières qui ne cessent de s’activer pour le gagner, ce fichu temps. « Je suis habitée par cette idée que notre conscience est à la traîne de la science« , confie la réalisatrice Hélène Médigue. Concernée par ces problématiques depuis longtemps, elle inscrit ce film dans la lignée de ces précédents films (sur l’autisme et la médecine générale notamment), dans une quête de sens pour relier deux visions, deux mondes agricoles qui bien souvent ont du mal à communiquer ensemble… « Je me suis concentrée sur l’exemple de Fermes d’Avenir, mais il y a d’autres acteurs qui agissent dans le secteur bien sûr ! En leur compagnie pendant un an avec une caméra au plus près des personnages, j’ai surtout eu affaire à des urbains qui sortent de grandes écoles, des jeunes de 20 à 40 ans qui s’emparent de ces sujets et s’attaquent à la transition sur tous les front – l’information, l’influence, la production, le financement… » explique la réalisatrice, désireuse de relier plus que de dénoncer. « J’ai organisé des rencontres spécifiquement pour le film« , note-t-elle encore, heureuse d’avoir convaincu un agriculteur conventionnel (Vincent Louault) de se lancer dans le défi progressif d’une culture plus biologique… « mais quand il faut changer, il faut aussi que l’état les aide ! » relève Hélène Médigue.

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Fermes d’Avenir convainc un agriculteur conventionnel, Vincent Louault (à gauche) de suivre progressivement leur exemple – Image extraite du film

Si le film a bénéficié de la confiance absolue et l’investissement du producteur, François Charlent, il bénéficie aussi d’une musique sur mesure composée par Christian Olivier, « grand musicien, arrangeur, auteur à texte, interprète et surtout poète ! » s’enthousiasme la réalisatrice, qui s’est tenue à ses côtés image par image afin de ficeler cela au mieux : « J’ai un atelier de création et c’est dans cet endroit un peu hors du temps qu’on se retrouvait pour visionner image après image, on travaillait les sons, Hélène me soufflait des pistes et je sculptais au fur et à mesure les compositions. Ce qui m’inspire ce sont les choses qui se croisent, se bousculent, partent dans tous les sens mais toujours gardent un élément en commun, cette espèce de l qui maintient la spécificité de chaque son, thème, voix et qui les fait vivre ensemble » indique pour sa part le compositeur (cf. la bande annonce ci-dessous)

Vingt ans ?

De fait, une question intrigue avec le choix du titre et cette affirmation qu’il fait sienne, « 20 ans pour changer le monde ». Pas moins ? Pas plus ? « Le climatologue Jean Jouzel dit trois ans, ce qui est un peu flippant. L’écologiste Yves Cochet dit que l’effondrement est inévitable d’ici 2030, et le GIEC nous donnes un horizon de à 2100. Alors je fais comme Obélix, je tranche, et me dis que ce sera plus probablement en vingt ans ! Quand on voit les progrès faits ces dernières vingt années en plus… », relève Maxime de Rostolan quand on l’interroge à ce sujet.

Signe positif, d’après lui : le fait qu’il y ait de moins en moins de débat sur le constat (des menaces climatiques et environnementales), et que les échanges auxquels il prend part se focalisent surtout sur les solutions. « Le débat technico-politico-économique doit toujours être remis en cause, et notre approche a pour ambition d’impliquer institutionnels comme financeurs, paysans comme citoyens, associations comme syndicats » relève encore le fondateur de Fermes d’Avenir, qui pour la sortie du film publie également un livre éponyme dans lequel il s’adresse à une vingtaine de personnalités, du maire de son village à l’humoriste Guillaume Meurice.

In fine, les plus convaincus n’apprendront rien sur le propos de fond du film, les puristes regretteront que seul l’exemple de Fermes d’Avenir soit mis en avant, mais l’énergie déployée par l’ensemble des protagonistes mis en images et en musique dans ce film a de quoi convaincre et faire découvrir un monde bien ancré dans la terre – et ce malgré les cernes, les cheveux en bataille et les vieux t-shirts de ces acteurs de terrain ! Hélène Médigue, pour sa part, envisage de créer maintenant des fermes thérapeutiques adaptées pour l’accueil d’adultes autistes : « ce film a été la confirmation de l’énergie que je veux mettre dans le développement de ces lieux ». Une histoire à suivre, donc, ou comment allier encore plus dimensions écologiques et sociales et oeuvrer pour la beauté du monde…

Source : http://alternatives.blog.lemonde.fr/ Anne-Sophie Novel

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