Chers lecteurs,

Voici un texte ci-dessous [partie 1] sur les fondements de la doctrine sociale de l’église qui a été écris par Dominique Greiner, assomptionniste et rédacteur en chef religieux au quotidien La Croix, pour la formation organisés en juillet 2018 par la Commission pour le clergé et les séminaristes de la Conférence des évêques du Vietnam, avec le soutien des Missions étrangères de Paris et d’enseignants du Theologicum de l’Institut catholique de Paris.

L’Église est située dans le temps. De fait, son discours se construit et se déploie en fonction des situations historiques. Les circonstances extérieures l’obligent à actualiser sa réflexion et donc à approfondir son propre message. Ceci vaut notamment pour son enseignement social. Celui-ci n’a rien d’une doctrine figée. Bien au contraire, il continue de s’approfondir. C’est ce que je voudrais illustrer dans mon intervention en traversant quelques étapes de l’histoire de cet enseignement social.

S’il faut s’intéresser à cette l’histoire, ce n’est pas pour répéter les réponses produites dans d’autres temps et dans d’autres circonstances, mais plutôt pour comprendre comment ceux qui nous ont précédés ont actualisé le message de l’Évangile en fonction des conditions économiques, politiques et sociales. à quels « signes des temps » ont-ils été sensibles ? Quel discernement ont-ils mené ? Quelles ressources (philosophiques, théologiques, spirituelles…) ont-ils mobilisées pour le conduire ? Quelles propositions ont-ils faites ? S’intéresser aux réponses que nos pères dans la foi ont élaborées pour faire face aux défis de leur temps, c’est croire que l’Esprit qui les a inspirés continue à parler à travers leurs réflexions, leurs initiatives et leurs œuvres, et que ce même Esprit nous inspire à notre tour pour répondre aux défis actuels.

Dans le temps limité qui m’est imparti, je voudrais m’arrêter à trois textes magistériels importants qui interviennent à des moments précis de l’histoire des sociétés humaines : Rerum Novarum (Léon XIII, 1891) quand les sociétés européennes subissent de plein fouet les conséquences de la Révolution industrielle ; Populorum Progressio (Paul VI, 1967) alors que les déséquilibres entre pays riches et pays pauvres se font particulièrement criants ; Laudato si’ (François, 2015) dans le contexte d’une préoccupation croissante pour le devenir de l’humanité confrontée à une crise écologique sans précédent.

A priori, ces textes n’ont pas grand-chose en commun. Mais au-delà de leur contexte immédiat, de leur contenu, de leur théologie, ils ont en commun d’intervenir à des moments où les changements économiques et sociaux ont pour effet d’affecter les relations que les hommes entretiennent entre eux, avec leur environnement et aussi avec Dieu. Partant de ce constat, je me propose de parcourir ces trois textes de la doctrine sociale de l’Église comme la manifestation d’une préoccupation constante de l’Église pour la qualité des relations humaines, qui peuvent si facilement être abîmées, dévoyées et comme l’appel au rétablissement de liens fraternels : entre ouvriers et patrons dans Rerum Novarum, entre pays riches et pays pauvres dans Populorum Progressio, entre l’homme et les autres créatures dans Laudato si’.

I. Entre ouvriers et patrons : une fraternité malmenée

Pour commencer cette histoire de la doctrine sociale de l’Église, je remonte au XIXe siècle. Mais pourquoi ne pas remonter plus loin, jusqu’aux premières  communautés chrétiennes ? On pourrait en effet rétorquer que les Évangiles ne sont pas muets sur la manière de se rapporter à l’argent ou d’exercer le pouvoir. C’est vrai. Mais il serait anachronique de parler de « morale sociale » dans les premiers temps de l’Église. Les préconisations du Nouveau Testament au sujet de l’argent ou du pouvoir relèvent plus de la morale personnelle. Parler de « morale sociale » n’a pas de sens tant que les sociétés n’ont pas pris conscience de la dimension sociale de l’existence. Or ceci n’intervient pas avant le XIXe siècle. C’est l’époque où l’on commence à étudier de manière scientifique la société grâce à la sociologie naissante. C’est au même moment qu’apparaissent les différents mouvements socialistes (Karl Marx publie le premier livre du Capital en 1867) qui veulent transformer la société en agissant sur ses structures fondamentales).

Pour la morale, ce changement est important. Prendre conscience de la dimension sociale de l’existence, c’est en effet mesurer combien les conditions de vie ont un effet sur le comportement des personnes. L’alcoolisme, la prostitution, la délinquance ne peuvent plus être interprétés seulement comme la manifestation de vices individuels. Ces comportements sont aussi la conséquence de l’environnement  économique et social. La responsabilité individuelle s’en trouve amoindrie. Cela veut dire aussi que la réponse aux maux sociaux passe par un changement sur les structures économiques et sociales qui en sont la cause. Le magistère catholique mettra du temps à intégrer ces éléments. Pour comprendre ce retard, il faut dire quelques mots de la situation morale de l’Église en Europe au XIXe siècle.

1.1. L’Église face aux États-nations

La Révolution française et ses contrecoups ont profondément blessé la conscience chrétienne, et pas seulement en France. Les revendications libérales d’une liberté « sans Dieu ni maître » ont engendré le sentiment d’un « péril mortel ». Les revendications en faveur des droits de l’homme énoncés en 1789 sont comprises comme une atteinte aux droits de Dieu. L’Église romaine adopte alors une position défensive et intransigeante. Elle veut contenir l’empiétement des États modernes sur la vision religieuse de la société et préserver les institutions chrétiennes, seules aptes selon elle à maintenir l’ordre moral social. C’est ainsi que le Syllabus (1864) désigne comme des erreurs l’absolutisme étatique et le libéralisme – avec ses revendications en faveur de la liberté absolue du culte, d’opinion et de pensée. Mais l’Église semble moins sensible aux changements dans les conditions économiques et sociales que provoquent la Révolution industrielle et la naissance d’une société capitaliste. La théologie romaine est trop figée pour penser un monde en train de changer (progrès de la technique et des sciences naturelles – en particulier de la médecine -, évolution des structures économiques, apparition des nouvelles formes de la propriété privée et publique, invention de nouvelles techniques de diffusion de la pensée…).

Mais en défendant une position intransigeante, l’Église catholique perd le contact avec la société et voit son influence décliner. Elle comprend qu’elle ne peut donc plus se contenter de répéter des réponses élaborées dans un contexte culturel différent. Elle cherche à considérer autrement les revendications modernes en faveur de la liberté, des droits de l’homme et de la démocratie. Léon XIII pose un geste important en 1885 en publiant la lettre encyclique Immortale Dei qui veut mettre fin aux relations tumultueuses entre l’Église et les États. Le pape maintient la théorie d’une société parfaite qui met l’Église sur le même plan juridique que l’État et exige de ce dernier qu’il coopère à la réalisation des fins dernières de l’homme. Mais, écrit Léon XIII, si en vertu de cette théorie les catholiques ne peuvent approuver le droit nouveau des États, ils sont tenus en pratique de l’observer. Les relations entre Église et États sont donc envisagées d’une manière moins conflictuelle. Immortale Dei fait même un devoir aux chrétiens de participer à la vie publique et de se situer dans les institutions sociales.

C’est dans ce contexte général où l’Église cherche à rester au contact de la société qu’est publié en 1891 Rerum Novarum. Pour comprendre la portée de cette encyclique de Léon XIII, il faut redire, même brièvement, le contexte économique et social de l’époque.

1.2. La naissance d’une tradition sociale

Le XIXe siècle est marqué par de profondes transformations économiques et sociales. Le capitalisme, comme processus historique de développement, impliquait à la fois un mode nouveau d’échange et de production, un ensemble d’institutions et un type de relation :

– un mode d’échange : une dimension désormais internationale et intercontinentale des relations commerciales qui oblige à un nouveau système de paiement, de change, de monnaie et de crédit qui réponde à cette extension du commerce ;

– un mode de production : une dimension nouvelle des relations de travail, basée sur l’agglomération des travailleurs autour des sites de production et des machines et une spécialisation des tâches ;

– un ensemble d’institutions : le capitalisme s’engendre à lui-même une organisation de marchés indispensables à son existence : Bourses de Marchandises, Bourses de Valeurs, Bourses du Travail, établissements de crédit, monnaies nationales reliées par des liens plus ou moins souples à plusieurs monnaies dominantes et à l’or ; il élabore une institution caractéristique : l’entreprise ;

– un type de relations interhumaines : le capitalisme se présente comme le règne des marchandises et des rapports économiques impersonnels. Anonymes, les relations de direction et du personnel, les relations commerciales entre les marchands et les clients, surtout entre les actionnaires et l’entreprise. Ainsi « la société anonyme », institution caractéristique du capitalisme, acquiert un statut légal et s’impose progressivement à partir du second tiers du XIX° siècle.

Les conséquences de ces transformations sont lourdes : la société se rationalise, se laïcise, se déshumanise… Le développement de l’industrie provoque un exode des campagnes vers les grands centres de production. Les solidarités sociales et familiales sont fragilisées.  Les salaires des ouvriers sont faibles et leurs conditions de vie très difficiles, avec beaucoup de promiscuité. Les crises récurrentes provoquent du chômage. Les relations entre patrons et ouvriers sont de fait tendues.

Face à ces transformations, l’Église est assez démunie. Elle n’est pas équipée théologiquement pour penser ces changements. Sa réponse prend surtout la forme d’œuvres caritatives. Mais la générosité ne suffit pas à faire reculer la misère. Peu à peu, des chrétiens (enseignants, intellectuels, industriels, militants, membres des mouvements…) prennent conscience que les problèmes posés par les transformations économiques et sociales en cours ne relèvent pas seulement de la charité mais de la justice. C’est ainsi que naissent au XIXe siècle différentes doctrines et écoles « sociales-chrétiennes ». Elles se retrouvent dans leur critique de l’ordre économique en place tout en prenant leurs distances à l’égard de la solution socialiste : elles n’adhèrent pas à l’idée que  pour créer la société nouvelle, il suffirait de changer les structures économiques et sociales. Elles considèrent que les personnes doivent aussi changer. Et c’est dans les enseignements de la religion qu’elles pensent trouver des solutions aux problèmes économiques. Elles s’accordent pour souhaiter une société où tous les hommes sont frères et réclamer l’application du juste prix et du juste salaire… mais leurs convergences ne vont guère plus loin.

1.3. Rerum Novarum : respecter la dignité humaine dans les rapports sociaux

Ces catholiques préoccupés par les évolutions économiques et sociales appellent de leur vœu un appui du magistère. Il vient à travers la publication, en 1891 de Rerum Novarum.

Le thème de la justice est central dans cette encyclique. Léon XIII dénonce, en des termes très vifs, l’écart croissant de richesse entre patrons et ouvriers. « La richesse a afflué entre les mains d’un petit nombre et la multitude a été laissée dans l’indigence » (RN 1, 1).

Le pape dénonce également les conditions de travail : « Tout principe et tout sentiment religieux ont disparu des lois et des institutions publiques, et ainsi, peu à peu, les travailleurs isolés et sans défense se sont vus, avec le temps, livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée. Une usure dévorante est venue ajouter encore au mal (…) A tout cela, il faut ajouter la concentration entre les mains de quelques-uns, de l’industrie et du commerce, devenus le partage d’un petit nombre de riches et d’opulents, qui imposent ainsi un joug presque servile à l’infinie multitude des prolétaires » (RN 2, 2).

La situation dramatique de la classe ouvrière est interprétée comme le résultat d’un manque de justice dans les rapports sociaux. La justice consiste au contraire à respecter la « dignité de l’homme » (RN 16, 4), en respectant les droits fondamentaux de la personne humaine, à commencer par le droit à posséder les fruits de son travail, à vivre dans une famille stable, à pouvoir profiter d’une journée de repos hebdomadaire – pour pouvoir remplir ses obligations religieuses.

En contrepoint, l’encyclique réaffirme ce qui est de l’ordre de la justice : il est juste que les pouvoirs publics cherchent, par une législation sociale adaptée, à promouvoir le bien commun, protéger les travailleurs, assurer l’accès à la propriété, secourir ceux qui se trouvent dans une situation désespérée malgré tous leurs efforts (RN 11). Il doit aussi contribuer à rapprocher les classes en favorisant le développement d’associations intermédiaires (corporations, syndicats) ; il est juste que les riches et les patrons respectent en l’ouvrier la « dignité de l’homme » (RN 16, 4).

Rerum Novarum évoque notamment la « juste mesure du salaire » (RN 17, 1). Le texte met notamment en garde les dirigeants d’entreprise qui paient très peu les travailleurs, estimant respecter les termes du contrat de travail, mais croient se racheter en se montrant généreux pour les œuvres caritatives. Pour Léon XIII, le travailleur ne doit pas obtenir par charité ce qui lui revient par la justice ! La justice légale – ce qui est prévu par le contrat – peut en effet s’avérer profondément injuste. En d’autres termes, il n’y a pas de charité authentique si elle ne respecte pas les droits de la justice. La réciproque est également vraie : il n’y a pas d’authentique justice en l’absence de charité. La charité est en effet la norme foncière de toute vie sociale : elle introduit les personnes dans un rapport de mutualité. Sans charité, la justice reste froide : elle a toujours besoin d’être dynamisée pour ne pas manquer son but qui est de rapprocher les membres de la communauté.

C’est également au nom du respect de la dignité humaine que Rerum Novarum défend la propriété privée. L’argumentation est simple. Remettre en cause la propriété privée, c’est aller à l’encontre des ouvriers « en leur retirant la libre disposition de leur salaire et en leur enlevant, par le fait même, tout espoir d’agrandir leur patrimoine et d’améliorer leur condition » (RN 4, 3). Cette solution « est souverainement injuste, en ce qu’elle viole les droits légitimes des propriétaires, qu’elle dénature les fonctions de l’État et tend à ébranler de fond en comble l’édifice social » (RN 3, 2). La propriété privée est nécessaire pour le développement de l’homme, le déploiement de ses talents, pour sa vie familiale et pour l’ordre social.

Les obligations sociales qui règlent les rapports à autrui, et donc les rapports entre classes, consistent à rendre à chacun ce qui lui est dû (suum cuique tradere). Les normes de justice ne font que traduire les exigences de la loi naturelle en vue de rendre effectifs les droits de la personne humaine, droit à posséder les fruits du travail, droit à la stabilité de la famille.

Au final, l’encyclique propose l’amour fraternel entre riches et pauvres comme voie d’un rapprochement. Cet amour plus grand que l’amitié a sa source dans la reconnaissance d’une même paternité divine (ce qui ouvre aussi au partage des ressources) : « De part et d’autre, on saura et l’on comprendra que les hommes sont tous absolument issus de Dieu, leur Père commun; que Dieu est leur unique et commune fin, et que lui seul est capable de communiquer aux anges et aux hommes une félicité parfaite et absolue ; que tous ils ont été également rachetés par Jésus-Christ et rétablis par lui dans leur dignité d’enfants de Dieu, et qu’ainsi un véritable lien de fraternité les unit, soit entre eux, soit au Christ leur Seigneur qui est le premier-né parmi un grand nombre de frères. Ils sauront enfin que tous les biens de la nature, tous les trésors de la grâce appartiennent en commun et indistinctement à tout le genre humain, et qu’il n’y a que les indignes qui soient déshérités des biens célestes. Si vous êtes fils, vous êtes aussi héritiers : héritiers de Dieu, cohéritiers de Jésus-Christ » (RN).

1.4. Conclusion

La lecture de Rerum Novarum montre que le Pape Léon XIII est bien informé de la situation déplorable de la classe ouvrière au XIXe siècle. Mais le texte ne consacre que quelques lignes à l’analyse du mal social (cf. § 2). Il n’entre pas dans l’analyse de la complexité des rapports sociaux. Le texte privilégie une vision morale religieuse qui tourne rapidement au plaidoyer en faveur de la restauration d’un ordre social-chrétien et de ses institutions. « Si la société doit être guérie, elle ne le sera que par le retour à la vie et aux institutions du christianisme », écrit Léon XIII (RN 22, 2). L’Église revendique son droit et son devoir d’intervenir en matière sociale parce qu’elle estime avoir un rôle majeur de régulation sociale : sans la foi, la société court à sa ruine. C’est pourquoi il lui semble capital de sauvegarder les mœurs chrétiennes et la religion dans la société. Seule la religion est en mesure de détruire le mal à sa racine et elle constitue le fondement de toutes les lois sociales.

Ce texte a été reçu très favorablement par les catholiques engagés bien que leur expertise n’ait guère été intégrée. Ils ont lu l’encyclique comme un encouragement à poursuivre leurs engagements dans le monde économique et social. Et c’est en s’appuyant sur Rerum Novarum que, à travers toute l’Europe, des catholiques sociaux engagés en politique élaborent divers projets de loi  (assurances sociales ; travail des enfants, des filles mineures et des femmes ; durée du travail ; protection des apprentis et des ouvriers ; procédures de conciliation et d’arbitrage ; propriété privée…) dont certains seront adoptés, faisant évoluer d’une manière très positive la législation sociale. En cela, l’encyclique de Léon XIII est bien « un texte fondateur ». Il sera suivi par une importante production magistérielle qui aborde bien d’autres questions que les relations patrons-ouvriers.

Source : Dominique Greiner, assomptionniste, est rédacteur en chef religieux au quotidien La Croix / https://doctrine-sociale.blogs.la-croix.com

Publié par : La société solidaire et durable | octobre 14, 2018

Comment « Résister au transhumanisme ? »


Chers lecteurs,

Jacques Testart, directeur de recherche honoraire à l’INSERM, dénonce les méfaits engendrés par la croyance en la toute-puissance technologique et l’idéologie « anthropocide » du discours transhumaniste. C’est en réalisant les enjeux sous-jacents au passage d’un principe de responsabilité à un principe d’innovation que l’homme sensé prend conscience du risque des méfaits engendrés par la croyance en la toute-puissance technologique et l’idéologie « anthropocide » du discours transhumaniste.

Résister c’est d’abord informer et analyser mais c’est surtout produire un discours et des pratiques de déminage, c’est proposer des modes d’être au monde avec les autres qui refusent la performance et la compétition, c’est affirmer que l’humain vaut mieux que ce qu’il en parait trop souvent.

COLLOQUE CONCLUSIF CRITIQUE DE LA RAISON TRANSHUMANISTE 19 et 20 mai 2017 – « Résister au transhumanisme ? » from Collège des Bernardins on Vimeo.

Source : Viméo et Collège des Bernardins (https://www.collegedesbernardins.fr)

Publié par : La société solidaire et durable | octobre 7, 2018

« Nous voulons des coquelicots »: une pétition contre les pesticides !


Chers lecteurs,

« Stop aux pesticides, nous voulons des coquelicots ! » : nous relayons ici le manifeste de Fabrice Nicolino, journaliste et chroniqueur à Charlie Hebdo et à La Croix, et de François Veillerette, militant écologiste à la tête du réseau européen Pesticide Action Network, contre l’utilisation des pesticides de synthèse.

(Crédit : Shutterstock)

Les pesticides sont des poisons qui détruisent tout ce qui est vivant. Ils sont dans l’eau de pluie, dans la rosée du matin, dans le nectar des fleurs et l’estomac des abeilles, dans le cordon ombilical des nouveau-nés, dans le nid des oiseaux, dans le lait des mères, dans les pommes et les cerises. Les pesticides sont une tragédie pour la santé. Ils provoquent des cancers, des maladies de Parkinson, des troubles psychomoteurs chez les enfants, des infertilités, des malformations à la naissance. L’exposition aux pesticides est sous-estimée par un système devenu fou, qui a choisi la fuite en avant. Quand un pesticide est interdit, dix autres prennent sa place. Il y en a des milliers

Nous ne reconnaissons plus notre pays. La nature y est défigurée. Le tiers des oiseaux ont disparu en quinze ans; la moitié des papillons en vingt ans; les abeilles et les pollinisateurs meurent par milliards; les grenouilles et les sauterelles semblent comme évanouies ; les fleurs sauvages deviennent rares. Ce monde qui s’efface est le nôtre et chaque couleur qui succombe, chaque lumière qui s’éteint est une douleur définitive. Rendez-nous nos coquelicots ! Rendez-nous la beauté du monde !
Non, nous ne voulons plus. À aucun prix. Nous exigeons protection.

Nous exigeons de nos gouvernants l’interdiction de tous les pesticides* en France. Assez de discours, des actes.

Pour signer la pétition, cliquer ici

*de synthèse

Source : http://www.socialter.fr

Publié par : La société solidaire et durable | octobre 7, 2018

Ces Français fabriquent des vêtements 100 % recyclés !


Chers lecteurs,

Faire du neuf avec du vieux : c’est le pari de la start_up toulousaine Hopaal, qui a lancé sa ligne de vêtements issus de matières 100% recyclées. Tout est né de la réflexion de deux copains d’école, Matthieu Couacault et Clément Maulavé.  

Hopaal (Crédit : DR)

« On est sept milliards à s’habiller tous les jours, et le textile est la deuxième industrie la plus polluante après le pétrole, explique Matthieu Couacault, on s’est dit qu’il y avait forcément une solution. »

La start-up s’appuie sur un réseau de centres de collecte de vêtements, qu’elle achète par tonnes, pour en revaloriser les fibres triées selon leur taille et leur couleur. Le but ? Éviter la surproduction de coton, coûteuse en travail humain et en ressources naturelles.

Résultat  : il faut seulement 50  l d’eau pour la confection d’un T-shirt Hopaal, contre 2 700  l pour un classique, le tout sans pesticide ou produits chimiques ajoutés. La marque s’applique également à restreindre au maximum les besoins en transports.

Pour un T-shirt au design simple et épuré, comptez une trentaine d’euros, 120  euros pour le « pull du futur ». Tous les produits sont made in France. Une démarche engagée : « L’acte d’achat est aussi un acte citoyen, conclut Matthieu Couacault. C’est comme un vote. » Hopaal devrait alors remporter tous les suffrages.

Source : WeDemain

 

Publié par : La société solidaire et durable | octobre 7, 2018

«Notre survie dépend des vers de terre» !


Chers lecteurs,

Dans son Éloge du ver de terre, Christophe Gatineau alerte sur la disparition des lombrics et les conséquences dramatiques de ce phénomène. L’agronome passionné tente de réhabiliter cet invertébré «intelligent et sensible» et milite pour que cet animal soit reconnu et protégé par la loi.

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«La disparition des vers de terre est un phénomène aussi inquiétant que la fonte des glaces», affirmait récemment Hubert Reeves. Dans la droite lignée de l’astrophysicien, Christophe Gatineau alerte sur les conséquences dramatiques de la disparition de cet animal. Dans son livre Éloge du ver de terre (aux éditions Flammarion), l’agronome qui dialogue avec un ver de terre tout au long de son ouvrage défend le premier ouvrier des champs. Il milite pour que cet animal soit reconnu et protégé car «notre futur dépend de son avenir».

Comment avez-vous pris conscience de la nécessité de protéger le ver de terre?

Je suis fils de paysan, agronome de formation et habitué à observer les évolutions de la nature. Un jour j’examinais un ver de terre, un lombric, en train de brouter de l’herbe. Il en avait un morceau dans la bouche, j’ai voulu lui retirer et il y a opposé de la résistance. J’ai été fasciné par cette réaction et j’ai compris que cet animal était sensible. Ça a changé ma perception du ver de terre et mon rapport au sol. Puis, je me suis rapidement rendu compte qu’on en trouvait de moins en moins.

Vous citez l’INRA qui constate que 80% des vers de terre ont disparu des sols cultivés en France. Pourquoi s’en inquiéter?

Les vers de terre nourrissent le sol qui nourrit les plantes qui nourrissent les êtres vivants, les animaux et les hommes. C’est donc simple: notre survie dépend des vers de terre.

Mais notre modèle agricole a brisé ce cycle. L’agriculture pratiquée depuis 50 ans a décidé de ne plus collaborer avec la nature. Les pesticides et les labourages tuent les vers de terre. L’INRA constate que 25% des sols sont victimes d’érosion, qui est la conséquence de la disparition du vivant et du ver de terre.

Tant que le ver de terre ne sera pas reconnu, il sera impossible de le protéger.

Vous dites «en France 200 espèces d’insectes sont protégés par la loi sauf le bourdon, l’abeille, le ver de terre…». Serait-ce une solution de le protéger?

Oui, il n’est d’ailleurs même pas considéré comme un animal et puis comment aider ce qui n’existe pas?! Par ailleurs, reconnaître le ver de terre reviendrait à reconsidérer notre modèle agricole et revoir toute notre façon de faire de l’agriculture.

Un ver de terre est un marqueur de la vie du sol et de sa bonne santé. Un sol riche en matière organique, et donc fertile, est habité par les vers de terre. A l’inverse, un sol mineral est déserté par les vers de terre car ils y meurt de faim. Pour éviter cette situation, auparavant, les paysans nourrissaient leurs sols: ils cultivaient des bandes fleuries et privilégiaient la diversité végétale pour favoriser les pollinisateurs et nourrir les sols et la vie animale qui s’y niche.

Est-ce déjà trop tard pour agir?

Au stade de l’effondrement de la biodiversité que nous connaissons, il faut agir vite. Il faut que l’agriculture coopère avec la nature et la biodiversité. Il est important de nourrir les sols. Le lombric terrestre vit 8 ans en moyenne et donne naissance à une dizaine d’individus tout au long de sa vie… ce qui est peu.

Vous décrivez le ver de terre comme un animal sensible et intelligent. Ne peut-il pas trouver seul la solution à sa survie?

Darwin a été le premier à démontrer que le ver de terre est un être sensible! Il était fasciné par les vers de terre qu’il a qualifié d’être intelligent un grand nombre de fois. Il a par exemple démontré qu’il est en capacité de s’adapter à de nouvelles conditions de vie.

Mais il doit avoir le ventre plein avant de pouvoir imaginer les conditions de sa survie. Or aujourd’hui il meurt de faim. Il tente de manger de la terre mais ce n’est pas son alimentation. Il manque de matière organique due à l’abandon de la fertilisation organique et le recours à la chimie qui déciment les sols vivants et nos alliés des campagne.

Avez-vous d’autres projets pour sauver cet animal indispensable à notre survie…comme une ferme de vers de terre?

Nous ne pouvons pas les élever donc impossible de créer des fermes de vers de terre!

En revanche, je suis soutenu par le ministère de la transition écologique pour sensibiliser les jeunes agriculteurs pour qu’ils coopèrent avec les vers de terre. Nous avons réédité un livre de Darwin qui est la référence en la matière. L’idée est aussi de leur montrer que c’est plus rentable, d’un point de vue économique, de préserver cet animal.

Vous avez écrit à François Hollande, Emmanuel Macron et leurs ministres pour leur demander de protéger cet animal. Vous ont-ils répondu?

Non, j’attends toujours !

Source : Le Figaro

Publié par : La société solidaire et durable | octobre 7, 2018

Le premier frigo solidaire ouvert à tous à Angoulême !


Chers lecteurs,

Le premier frigo solidaire ouvert à tous à Angoulême

Par charentelibre.fr, publié le , modifié .

La Drôle d’épicerie de la place du Palet à Angoulême a déposé devant sa vitrine un drôle de frigo. Un frigo solidaire. C’est un habitant du quartier, qui a acheté, grâce à un financement participatif, un frigo pour 3000€, en partenariat avec Identités Mutuelle. La mutuelle de santé et prévoyance a fourni le meuble en bois avec les explications. Et Raphäel Guerreiro-Boissière, le gérant de la Drôle d’épicerie de la place, fournit l’électricité. La marchandise, elle, est apportée au gré des envies par les passants et habitants du quartier. Chacun peut prendre ce qu’il veut gratuitement. Hier, il restait des pommes et des crèmes dessert…

Source : http://www.charentelibre.fr

Publié par : La société solidaire et durable | juin 26, 2018

Demain en poche, le futur guide d’initiatives locales d’Angers incontournable !


Chers lecteurs,

J’aimerais vous parler du futur guide d’initiatives locales d’Angers que va sortir prochainement l’association En Transition et qui sera incontournable ! Il regroupera environ 300 références locales (50% sur Angers et 1ère couronne / 50% dans le reste du département).

Le guide, c’est aussi la découverte ou la redécouverte de son territoire, des interviews d’acteurs et d’actrices locales : commerçant.e.s, bénévoles associatifs, animateurs…

montage guide

Les racines du projet

En 2009, un groupe d’ami.e.s auto-édite un Guide altern’actif d’Angers et ses environs. Il s’écoule à 2000 exemplaires en 6 mois… et est toujours demandé bien des années plus tard, sans être réédité. C’est la vie…

Fin 2009 a lieu le sommet de l’ONU sur le climat à Copenhague (COP15). Nous y étions ! Faute de grand accord international, on est revenu avec pleins d’idées après avoir découvert le mouvement des villes en transition.

En 2011, nous sensibilisons au mouvement de la transition à travers l’association ACF49, où germe l’idée d’un guide de la transition.

En 2013, nous initions le Collectif pour une transition citoyenne 49. Il s’est appuyé sur le  collectif national puis la dynamique Alternatiba. Chaque année en septembre, pour la Fête des possibles, est organisé un événement : Fête de la transition (2014), villages Alternatiloire (2015), balades-découvertes (2016), geocaching-jeu de piste (2017).

Plus de 3000 personnes auront découvert 100 initiatives locales à travers tous ces événements.

En 2018, nous créons l’association En Transition pour être un accélérateur de la transition solidaire et écologique de notre société, des modes de production, de consommation.

Objectif : changer d’échelle avec des solutions imaginées et mises en œuvre par des milliers d’associations, d’entreprises, de collectivités locales et de citoyen.ne.s.

La sortie du guide Demain en poche est le temps fort de l’année de l’association En Transition !

Avec votre soutien, ce temps peut devenir LE temps fort de l’année pour Angers et le Maine-et-Loire, et nous mettre demain à portée de mains !

A quoi servira l’argent collecté ?

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Le guide sera vendu moins de 10 euros pour le rendre accessible au maximum de personnes.

Pour soutenir le projet, nous vous invitons à faire un don à l’association En Transition sur la page helloassociation de l’association ! Cliquez sur l’image ci-dessous pour aller sur cette page !

Source : page facebook En Transition et page helloassociation En Transition

Publié par : La société solidaire et durable | juin 25, 2018

Lou Boland, un autiste artiste incroyable !


Chers lecteurs,

J’aimerais vous parler d’un jeune homme incroyable autiste. Il s’agit de Lou Boland fils de Luc Boland, un adolescent de 20 ans porteur du syndrome de Morsier.

Lou Boland

Mais qu’est ce que le syndrome de Morsier ?

Le syndrome de Morsier – ou Dysplasie Septo Optique / ONH (Optic-Nerve-Hypoplasia) en anglais – fait partie des syndromes dit « Savants » (comme par exemple l’autisme de haut niveau, le « PDD (Pervasive Developmental Disorder), les syndromes d’Asperger, d’Hyperlexia, ou de Williams) tel que définit en 1989 par le professeur Treffert (University of Wisconsin-Madison).

Le Syndrome de Morsier est une malformation du cerveau provoquée par des facteurs qui se sont probablement manifestés durant la cinquième ou sixième semaine de la grossesse.

La plupart des enfants atteints de ce syndrome ont des défauts structurels du cerveau, allant d’une formation insuffisante des nerfs optiques (hypoplasie), à une absence (aplasie) du septum Pellucidum (une cloison située entre les deux hémisphères du cerveau) et parfois aussi du corps calleux contigu (une voie de passage entre les deux hémisphères du cerveau), et enfin une insuffisance de l’hypophyse (une glande qui produit des hormones importantes).

Certains enfants en bas âge ont un tonus musculaire soit très bas, soit très haut. Dans le premier cas, ils peuvent perdre leur tonus de manière brutale et sans avertissement et doivent alors être portés.

Enfin, de rares cas ont été rapportés d’altération des sens du goût et, de manière extrêmement rare, de l’ouïe.

Mais que fais Lou Boland dans sa vie ?

C’est un artiste incroyable à part entière, ayant des facultés musicales hors du commun.

Il chante et joue avec brio au piano depuis l’âge de six ans. Il a appris seul à jouer de ses dix doigts en un an et demi.

La chanson émouvante : « Lou, je m’appelle Lou »

Il a déjà joué de nombreuses fois en public et sur des plateaux de télévision depuis 2009, et réalisé des rencontres musicales étonnantes avec des artistes tels que Archive, Cali,  Lou Deprijck, Konoba, Lemon Straw, Christophe Maé, Maurane, Saule, Thoots Thielemans, Patrick Watson, et d’autres artistes moins connus. Il a marqué les esprits avec ses incroyables reprises de Stromae et Arno, et s’est fait remarquer en 2017 à La France a un Incroyable Talent et aux Francofolies de Spa.

Je m’appelle Lou et Formidable (soirée Cap48 2013)

Maurane et Lou : Prélude de Bach (Cap 48)

Lou B. aux Francofolies de Spa 2017 (l’intégral)

Voici le message important de Luc Boland, son père !

Et voici quelques photos de Lou et Luc Boland !

 

Plus récemment Lou a rendu un hommage à Maurane qui est décédé le 7 mai 2018

Vous pouvez soutenir Lou Boland en visitant le site de sa fondation : http://www.fondationlou.com mais aussi son site personnel https://loub.be/.

Et voici autre moyen de soutenir Lou Boland : en participant au financement de son premier album en cliquant sur le lien ci-contre : https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/un-premier-album-pour-lou-b.

Et ici la vidéo de crowfounding pour le lancement de son premier album !

Source : youtube / http://www.fondationlou.com/ / https://loub.be/ et CV envoyé par le père Luc Boland

Publié par : La société solidaire et durable | juin 24, 2018

Village Alzheimer : la première pierre posée dans les Landes !


Chers lecteurs,

Lundi 4 juin 2018, la première pierre du « village Alzheimer » a été posée à Dax, dans le département des Landes. Ce village pilote se veut un projet thérapeutique innovant dans l’accueil des malades, leur offrant l’occasion rare d’évoluer dans un environnement libre, rassurant et bienveillant.

D’ici fin 2019, 120 résidents atteints par la maladie neurodégénérative d’Alzheimer devraient être accueillis dans le tout premier « village Alzheimer » de France. Un lieu ouvert sur la nature et la ville, favorisant les liens sociaux et les thérapies alternatives, où le rythme et le style de vie de chaque malade sont respectés.

L’idée est venue à Henri Emmanuelli, l’ancien président du conseil départemental des Landes décédé en 2017, après avoir découvert le « village Alzheimer » lancé en 2009 à Weesp, près de Amsterdam. Rien que dans la circonscription, on dénombre en effet 8 000 personnes atteintes par cette maladie incurable.

Le « village Alzheimer » va voir le jour sur un terrain de 5 hectares sans la moindre barrière. Quatre quartiers de vie, soit 16 maisonnées, entoureront une place centrale inspirée des bastides typiques du Sud-Ouest. Tout est prévu pour y préserver le quotidien et les repères des patients : supérette, salon de coiffure, restaurant, bibliothèque, centre culturel, ateliers créatifs, centre de soin… et même un potager et une mini-ferme participative avec des animaux. Sans oublier les nombreux chemins de balade.

De quoi gommer l’habituelle ambiance d’hôpital. Les traitements médicamenteux y seront d’ailleurs mis de côté au profit de thérapies alternatives prodiguées par un personnel soignant qui troquera sa blouse blanche contre une tenue de tous les jours.

Le village landais souhaite également participer à la recherche de solutions innovantes afin de ralentir la progression de la maladie, à l’heure où les médicaments contre Alzheimer sont sur le point d’être déremboursés. Pour ce faire, un laboratoire in vivo unique en son genre permettra de travailler sur le terrain, au plus près des patients, et de comparer les résultats obtenus aux méthodes traditionnelles.

Le tarif journalier dans ce village s’élèvera à 60 euros ; l’équivalent du coût à la journée fixé en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Un projet évalué à un investissement total de 28 millions d’euros, pour un budget de fonctionnement annuel de près de 7 millions d’euros. L’architecture, quant à elle, a été confiée à l’agence danoise Nord Architects.

De quoi inspirer d’autres villes françaises à suivre cet exemple. L’hexagone compte en effet 200 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année.

Source : https://positivr.fr / Raphaëlle Dormieu

Publié par : La société solidaire et durable | juin 24, 2018

Drôme : 5 indiens kogis viennent « diagnostiquer » nos modes de vie !


Chers lecteurs,

Après un Indien dans la ville, des pré-colombiens dans la Drôme. En septembre 2018, cinq chamans issus de la communauté millénaire Kogi viendront poser leur regard sur l’organisation de ce territoire. Une première.

« Pour interroger, il faut être deux : celui qui interroge, et celui qu’on interroge », disait l’écrivain Vercors. Et si cette fois, au lieu d’interroger toujours les mêmes experts, on se tournait vers ceux qui n’ont jamais rompu leur lien avec la nature pour aménager nos territoires ? C’est ce qu’Eric Julien, fondateur de l’Association Tchenkudua, veut rendre possible.

Pendant quinze jours en août, cinq chamans kogis, une communauté millénaire installée dans les montagnes colombiennes, poseront donc leurs valises… dans la Drôme. Quatre d’entre eux quitteront pour la première fois leur coin de paradis montagneux, à cinquante kilomètres de la mer des Caraïbes. Au programme : ballade sur le territoire drômois, dans le Haut-Diois, pour faire un « diagnostic » de la zone, et partager leurs impressions avec huit scientifiques volontaires, venus de l’ENS Lyon, de l’Université de Lausanne, en passant par l’Université de l’Oregon ou du Brésil.

Depuis 1997, Tchenkudua aide les Kogis à sauvegarder leur mode de vie et leurs traditions ancestrales, notamment en reconquérant des terres fertiles. Là-bas, ou plutôt, là-haut — à plus de 5 800 m d’altitude —, les Kogis ont choisi de vivre selon le rythme de leur « Mère Terre ». Ni monnaie, ni écriture, ni trace de notre société de consommation : les 12 000 âmes de cette communauté vivent bien loin de notre confort moderne, dans un environnement préservé, qui concentre 35 % des espèces d’oiseaux du pays. Un modèle dont nos territoires, aménagés selon des intérêts bien loin de ceux de la nature, pourraient s’inspirer ?

« Les Kogis ont une très forte conscience que les humains, dans ses équilibres et déséquilibres, sont le reflet du territoire. On est en bonne santé si le lieu dans lequel on habite est en bonne santé », explique Eric Julien.

Le territoire comme un corps

« Pour eux, le territoire est un corps, qui respire, chute, et créée », explique Eric Julien. Alors, quand on demande aux Kogis de procéder à un « diagnostic de santé territoriale » de la Drôme, ce sont aux symptômes physiques qu’ils s’intéressent : la qualité de l’eau, la présence de la faune et la flore, les caractéristiques de la roche… Tout au long de leur séjour, les cinq Kogis rencontreront des scientifiques venus d’un peu partout dans le monde : géographes, médecins, astrophysiciens…

Pour Eric Julien, l’enjeu n’est pas tant de trouver des solutions concrètes dans l’immédiat, que de changer de regard. « Edgar Morin disait qu’il était temps de décoloniser nos imaginaires : aujourd’hui, l’anthropocentrisme remet en cause nos systèmes de représentations. La meilleure manière de changer de regard est de s’ouvrir à l’inconnu pour faire ressortir de nouveaux systèmes de pensée et registres d’action. »

Drôme : 5 indiens kogis viennent "diagnostiquer" nos modes de vie

Sur le papier, l’idée est séduisante — presque romantique. Mais si chacun comprend la nécessité de renouer avec la nature, la formule relève le plus souvent de l’incantation, et est généralement peu suivie des faits à grande échelle. Avons-nous atteint un niveau de conscience collective suffisant pour être attentifs aux conseils, si bienfondés soient-ils, d’une population qui ne partage en rien notre quotidien ? « Dans cette époque où l’anthropocène détruit notre écosystème, on est peut être plus à même d’entendre ce genre de discours », croit Eric Julien.

« Et si un scientifique dit que ce que font les Kogis n’est pas idiot, cela rendra certainement la parole plus audible. »

Et preuve que la démarche convainc même au plus haut niveau, elle jouit de soutiens non-négligeable : entre autres, celui de l’AFD, l’Agence Française de Développement, mais surtout du Ministère de la Transition Ecologique, qui finance à hauteur d’un tiers la venue des Kogis. La transition éco-kogique serait-elle en marche ?

Source : https://www.wedemain.fr

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